deuil // kain

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deuil // kain Dim 14 Oct - 18:36

Amelia. Le chat est décédé. Les mots résonnent encore, voyageurs intemporels, et il me semble entre le crissement de la plume sur le papier que je tiens entre mes mains. Les sentiments de leur présent, de mon passé, aujourd'hui inscrit dans cet instant. La nouvelle a traversé les heures, la connaissance comme un engrenage dont je peine à cerner le sens.
Mon présent rejoint le point central de la peine encourue par les sentiments humains, et malgré ça, malgré mon indifférence pour l'animal inconscient qui partageait mon lieu d'habitat, le pressentiment d'une tristesse plus profonde.

Mes doigts crispés, les jambes prennent la commande pour m'éloigner de cet univers qui frôle un désagréable quotidien, une routine meurtrière, l'abandon d'une liberté à portée de main. Les sentiments virevoltent, la raison écrasés par la poigne d'une humanité que j'ai toujours vu si distincte, abstraite, enfouie dans l'absurdité de mes dernières pensées.
La senteur du jardin, la couleur hypocrite d'un monde sans saveur ; l'air pur dans lequel je suffoque, les doutes envenimés d'une recherche inachevée. Mon corps avance, cuisante défaite face à la pluie battante ; mon esprit tourne dans le vice d'une roue éternelle.

Pourrais-je un jour comprendre ? Pourrais-je seulement apercevoir les dessous de mes malignes pensées ? Que faire face aux ruses de la conscience ; au dépit de la raison, aux grandissantes émotions ? Puis-je rester éternelle dans ma droiture, clairvoyante dans mon insensibilité ? Mieux vaut-il vivre, au milieu de ces ruines et des cendres ? Mieux vaut-il vivre, ou apprécier un sommeil ignorant ?
Le chat, comme une image, un souvenir troublé ; la peine, comme un masque, une réponse diluée.
Tout ce tumulte d'émotions cherche sa place au sein d'un monde qui coule entre mes doigts serrés. Il n'y a qu'une réponse, une solution, il n'y a que le silence d'un sommeil d'éternité.

Ses pas font vibrer le sol de cette colère silencieuse, son regard, faute de réponse, cherchant la moindre attache. Sa conscience enfermée de nouveau, comme l'abandon face à sa propre témérité, une intelligence débordante.
Elle avait les mots un peu trop vrais, les réponses dangereuses qui menaçaient toute la réalité. L'univers semblait trop étroit, comme si elle s'évadait de sa chair, des parois du corps, du confort d'une vie simplifiée. Elle avait déjà vécu ailleurs, partagé d'autres pensées dont les bribes traçaient les contours de son identité fuyante.
Ni limite, ni marquage.
Il n'y avait que ses désirs changeants pour marquer les arrêts, comme n'importe quel virage dans sa vaste conscience. Le chat est mort, Amelia. Et son esprit noie les doutes dans cette vérité unique, résonnante, le coup d'état d'une humanité trop longtemps oubliée.

« Qu'est-ce que tu comptes faire ? »
Je ne sais pas.

Son regard s'arrête, le corps en bordure de la forêt noircie. Elle aimerait retrouver les ténèbres, s'enfuir loin de sa propre conscience mais la brûlure des souvenirs la rattrape. La silhouette noire d'un chat réduit à l'état de souvenirs, et son esprit craquelle, peint de noir la fissure d'une mémoire falsifiée.
Tu aimerais comprendre, Amelia, mais l'ignorance est la teinte dominante des murs de ton esprit muet. Elle s'avance à nouveau, caresse du bout des doigts le tronc des arbres menaçants. Quelques pas, le coin de son regard adressé à la silhouette transparente de ce félin décédé.

Ses mots sont clairs, sa voix troublante, parce qu'elle refuse d'admettre, parce que son cœur menace de s'arrêter. La mort n'a jamais été effrayante, mais aujourd'hui, elle semble vouloir l'emmener en l'état d'un doute trop grande pour qu'elle ne veuille en résoudre la racine.
Le poil noir n'en est pas, mais des cheveux d'ébène. La voix familière qu'elle n'entendra plus en dehors des rares souvenirs qu'elle a si souvent négligé. Les mots résonnent encore, et le temps les a détraqué pour la préserver de cette vérité humiliante. Le crissement menteur de la plume sur le papier, la longue introduction déplaisante comme un cadeau gratuit pour lui permettre de s'évader.
Pourtant, la vérité est là, enveloppé de tant de gentillesse, du confort d'une famille soudée. Le chat n'est pas mort, Amelia. Il n'y a jamais eu de chat, parce qu'il y était allergique. Il pourrait y en avoir, maintenant, à présent qu'il vous a quitté.

« Tu vas m'oublier, maintenant ? »

Ce n'est pas le coin de l'œil, cette fois, mais tout son visage qui se tourne vers cette silhouette irréelle que ses regrets alimentent en pensée. Amelia observe, le visage impassible, Amelia se délecte des dernières visions de son frère cadet.
Freyr Greengrass, à un an de la gloire, des rêves et de l'école dont il avait tant parlé.
Elle le voit comme il y a quelques mois ; elle le voit dans cette absurdité que sa mort suffit à justifier. Son esprit n'est pas fermé, juste obstrué par l'émotion incomprise de cette nouvelle récente. S'il y avait un espoir, le destin l'a emporté ; s'il y avait quelqu'un pour qui elle frôlait l'amour, c'était celui avec lequel elle l'a senti s'éteindre.

S'il y avait un espoir, un cœur humain, elle ne veut plus en répondre ; et elle se laisse mourir, comme si elle avait le choix, elle se laisse porter par l'évidence de son inhumanité.
Elle n'est pas triste, non.
Enveloppée de cette rage de ne pas comprendre.

Je regrette que tu aies seulement existé.
O. Kain Heikkinen
l'Assassin des Serpentards
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Re: deuil // kain Ven 26 Oct - 18:20



Quelques pas à l’orée du bois, quelques pas si proches de l’interdit sans qu’il n’ose le braver pour une fois. Il n’avait simplement pas cessé de faire quelques pas, de long en large, pendant de longues minutes ; des heures durant il n’avait cessé. Quelques pas à l’avant puis d’autres ensuite juste en arrière, juste comme ça, simplement, se posant un instant,puis se redressant comme pour défier l’autorité, ou par simples désirs enfourmiliés, emmêlés de ces fils qu’il ne parvenait pas à délier. L’indécision qui conduisit finalement à l’abandon, lorsqu’il avait posé ses doigts contre l’arbre pour en grimper habilement sur les branches.

Il s’y était installé tranquillement, le dos reposant contre l’imposant tronc, à quelques centimètres du sol, un mètre ou deux en vérité, sans doute un peu plus. Il n’avait pas compté, ça n’avait pas grand intérêt. Un peu de musique filtrant à travers le casque, un peu de rock, quelque chose de motivant pour lui donner envie de se déchaîner, à lui qui ne voulait que se reposer. Pourtant il devait réviser ses cours de sorcellerie, et puis ceux d’alchimie aussi, pour parvenir à atteindre le top aux prochains examens.

C’est pourquoi il avait fermé les yeux, pour profiter de la fraîcheur de l’air automnale et de cette mélodie tambourinante dans ses tympans, puis qu’il s’était endormi en quelques instants. On ne dirait pas comme ça, mais Kain passait ses journées à bouger, sans se rendre compte d’à quel point son corps était fatigué. Il n’y avait pas eu de rêve dans ce sommeil si léger, bien trop court pour qu’il ne puisse songer à s’évader totalement chez Morphée, seulement le tintement des feuilles, qu’il percevait par la faible sonorité de son casque, glisser sur le sol pour le recouvrir de mille et une couleurs ; seulement le bruissement des arbres comme une valse qu’il s’imaginait danser.

Trois craquements du bout de la terre avant qu’il n’ouvre les yeux, observant à peine plus bas une âme qu’il n’espérait pas croiser. Elle avait l’air différente, la belle Amelia. Alors il l’interpella, tout juste comme ça.

Eh Greengrass, dis-moi que tu vas pas pleurer. parce qu’elle ne paraissait pas si bien, mais pas si triste non plus.

C’était bizarre, elle était bizarre, Amelia.

On dirait que t’as vu un fantôme..., avait-il balancé un peu septique tandis qu’il l’observait tout haut perché.

Il ne croyait pas si bien dire.




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Re: deuil // kain Sam 27 Oct - 13:41

Elle virevolte, s'envole, recherche aveuglément les compromis d'un esprit forcé. Elle a senti la mort, effleuré l'au-delà, et sa conscience est brisée, ne serait-ce qu'un jour, une heure, pendant ces rares instants. Amelia ne se sent plus partir, s'envoler sous le joug d'une liberté qu'elle adule.
La tristesse l'a confinée, les regrets de cette rare parcelle d'humanité ; et elle appréhende, le visage fermé, le décor dangereux, la plénitude au sein d'un interdit où nul n'oserait s'aventurer.
Je veux vivre. Elle n'est pas seule, pourtant, et la voix grave se superpose avec les complaintes de son esprit éteint.

Amelia vacille, le pas irrégulier ; elle se pose mille questions, à présent qu'elle n'est plus certaine de la direction à emprunter. Elle cesse de bouger, faute d'un endroit où se rendre ; elle cesse de respirer, comme pour provoquer la raison, et la remarque l'interpelle comme si elle entendait enfin.
Elle se contente d'écouter, et ses yeux verts brillent avec cet éclat curieux, dans des pupilles si vides - comme le vestige de celle qu'elle a été.
Je veux me réveiller.
Elle se débat, aux prises avec ses propres pensées ; elle se débat, hurle à l'immensité dont elle ne peut plus profiter. Le poids des larmes invisibles la noie ; la douleur des sentiments immatériels se dessine enfin, la laissant flirter avec cette humanité qu'elle regrettait à l'époque de ne pas comprendre.

Était-elle différente, plus douce, enveloppée dans la peine ? Était-elle plus humaine, apte à comprendre, au-delà du désir d'essayer ?

« Oui, c'est exactement ça. Mais il a disparu. Comment tu le sais ? Tu lis les pensées ? D'ailleurs... qui es-tu ? »

Elle l'observe au travers de la barrière de ces émotions fortes. Elle l'observe, avec ce filtre d'impassibilité, oubliant le fantôme, les regrets, et tout ce qui n'a fait, au final, que desservir sa haine.
Amelia n'a pas changé, si ce n'est en mal ; Amelia ne s'est pas adoucie, elle a dit adieu à son humanité.
Elle peut comprendre, maintenant ; mais cette empathie ne l'aidera pas, se contentant d'éluder ses anciens espoirs de douceur. Le bien ne peut cohabiter avec ses ambitions, et à présent qu'elle fait face aux cadavres des morts, elle refuse d'en soutenir la masse. Elle a fait le choix de son propre futur, de la solitude, au-delà de toute chose.

Elle a décidé d'oublier le monde au profit de sa satisfaction repue. Elle a le réflexe d'attraper sa baguette, oubliant qu'elle n'en possède plus, et faute de magie, décide de grimper à l'arbre à son tour.
En quelques gestes, elle le rejoint, fait parler son agilité pour se hisser sur la branche qu'il occupe. Le regard voilé, porté vers elle - Amelia l'observe avec cette arrogance frappante, refusant de se laisser observer de haut.

« Pourquoi est-ce que ça t'intéresse, Mr. Serpentard ? »
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Re: deuil // kain Mar 6 Nov - 23:18



Il la regardait du haut de sa branche, une esquisse à peine tirée sur ses lèvres qu’il bougeait, l’air songueur, un peu ailleurs. Bien présent pourtant, lorsqu’il fit la moue avant de répondre à ses questions. Qui es-tu ? Parce qu’elle ne le connaissait pas, en plus ? Et bien bravo, Greengrass.

Personne, personne d’autre que ton futur maître aurait-il voulu s’exclamer sans pouvoir le faire, et je lis pas les pensées. C’est juste qu’on fait tous la même tête dans ces moments-là.

Lorsque l’on revoyait notre passé. Lui-même était certain d’avoir eu l’air aussi bête plus d’une fois, un peu moins ces derniers temps, mais au tout début, il y pensait tellement à Allysson qu’il la voyait à chaque mouvement de tête. Ça faisait mal de ces douleurs qui pourraient tuer mais qui se contentaient de torturer, comme pour faire regretter. Les lèvres s’étirent, amères dès qu’il y pense, plus douces à l’instant où son esprit reprend le dessus. Le moment était mal venu pour penser à ces drames que personne ne saurait effacer.

L’homme se décale plus loin sur sa branche à mesure que la Serdaigle s’y impose délicatement, il l’observe tranquillement en prenant son temps, le sourire à demi-amusé. Amelia comme ça avait l’air plutôt chouette, malgré les rumeurs qui circulaient sans cesse, il se dit qu’elle ne pouvait pas être si étrange. Bien qu’il sache pertinnement qu’elle l’était, il n’en disait rien, se contentait d’écouter pour répondre à son tour. Il est dit que la plupart des conversations débutaient de cette façon, après tout.

Kain, mr. Serpentard c’est chelou. Et va surtout pas y voir un quelconque intérêt, j’voulais juste éviter de t’entendre chouiner pendant que j’me reposais.

On faisait rarement plus direct. Ça paraissait méchant et pourtant c’était dit de façon un peu moqueuse, et finalement presque inquiète. Kain n’appréciait pas tellement que l’on vienne rompre ses instants de solitude, alors quand c’était le cas, il préférait largement ne voir personne de triste. Les discours larmoyants il les évitait depuis la mort de sa soeur, ça avait le don de l’agacer plus que de raison. Ses jambes se balancent lentement dans le vide tandis qu’il se tient avec ses mains pour ne pas tomber. Un regard à la belle, vraiment curieux malgré tout.

Pourquoi t’es venue t’perdre ici du coup ?

On ne se refaisait pas.



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Re: deuil // kain Ven 9 Nov - 13:51

La tristesse inattendue, ses besoins étranges, le calme qu'elle n'a jamais vraiment voulu. La forêt s'impose, le silence oppresse, le bonheur qui lui échappe à mesure que sa conscience s'éteint.
L'univers s'impose, punit l'imprudence.
Qu'est-ce que recèle les tréfonds de ce monde ?
Quelle est la réponse, le point final de l'existence ?
Si elle savait.
Si elle pouvait savoir.
Amelia a cessé de se demander, prisonnière des sentiments. Amelia a dressé sa peur, s'est enveloppée dedans, bercée par l'hypocrite douceur de la situation présente. Elle découvre la tristesse, la frustration, le manque qui ne sera jamais comblée.

Amelia découvre, Amelia subit.
La douleur grandissante, imposée, oppressante.

Pourquoi devrait-elle subir ? Pourquoi devrait-elle fuir, loin du monde, des regards, de son terrain de jeu tant aimé ? Pourquoi aurait-elle besoin de larmes, d'un nouveau désir, d'un jouet innocent qu'elle n'aurait pas envie de casser ?
C'en est assez, univers.
Qui est-elle pour souffrir ?
Qui est-elle pour être victime de ce qu'elle a toujours recherché ?
C'en est assez, univers.
C'en est assez, cœur meurtri.
Qui est-elle, si ce n'est une existence supérieure ?
Qui est-elle, si ce n'est une entité destinée à régner ?
Elle en a assez.
Et aussitôt, pour l'univers, c'en est assez.

« Est-ce que, par hasard, tu m'associes au commun de l'humanité ? »

Le ton est froid, glacial, et elle se sent revivre, exister ; réveillée par la haine, l'agacement, la colère d'être ainsi jugée.
Le fantôme s'alarme, paniqué, attristé.
Brisé, piétiné par la force de ses convictions.
Ne la juge pas, Kain.
Amelia n'a que faire du cœur, des sentiments, des pertes ; elle danse au milieu d'une douleur agonisante, insensible, n'en cherchant que les raisons.
Ce monde, l'univers.
Tu n'en as que faire, n'est-ce pas ?

« Qui as-tu perdu pour être ainsi troublé par l'appel des larmes ? »

Tu te lèves, dominante, agacée, dangereuse.
Debout sur cette branche, l'observant sans prudence, tandis que le monde se met à trembler. Tes émotions muettes, à l'exception d'une colère vibrante qui fait trembler l'arbre sur lequel vous vous trouvez.
Laisse-moi revivre, laisse-moi exister.
Je suis de nouveau moi-même, je l'ai toujours été.
Je ne me laisserai pas disparaître,
C'est l'univers lui-même qui devra se sacrifier pour moi.

« Je suis venue ici en écho à mes désirs, y cherchant l'humanité. C'est une perte de temps, semblerait-il. Ce que tu as cru apercevoir, Kain, c'est l'essence-même de ma supériorité. »

Et dans l'instant d'une révélation profonde, d'une pensée assumée,
La branche craque, nous libérant de cette prudence ennuyeuse.
Nous voici plongés, Kain,
Nous voici plongés dans le gouffre d'une mort imminente.

Je ne mourrais pas, j'en suis convaincue.
Mes désirs s'affirment, une fois encore. Le destin me protège.
Le destin m'a choisi.
Je serai la reine d'un univers démantelé de ses moindres mystères.
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