confession (ene)

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confession (ene) Jeu 23 Mai - 13:46

Leif sentit l'irrégularité de la surface, à mesure qu'il laissait ses doigts glisser sur le mur de la tour. Depuis maintenant une demi-heure, il faisait les cent pas. Depuis une demi-heure, il tournait en rond, se questionnait, comme si la tour de divination rendrait ses réponses plus évidentes.
Superstition idiote.
Sa langue claque d'impatience ; et lorsqu'il eut finit de croire qu'une réponse sans véritable question concrète, comme s'il ne demandait que la tranquillité de l'esprit - l'accomplissement de ce qu'il considérait autant comme un objectif qu'une mission.

Force était de l'admettre, en dépit des problèmes et de l'incommensurable complexité de son chemin de vie, Leif en appréciait l'expérience. C'était même, à vrai dire, cette complexité qui en solidifiait l'affection. Il ne cherchait pas dans l'illumination, tournant ici comme un lion en cage, en proie à des réflexions décousues, il se contentait d'apprécier ces tourments qui étaient devenus le centre de son quotidien.
En un sens, le monde n'était plus.
Il n'y avait qu'un jeune homme qui désirait le faire sien ; un garçon qui rêvait au contact des vieux parchemins et de l'attrait du pouvoir, et qui, au fil des années, entrevoyait la possibilité de concrétiser ce rêve.
Si quelqu'un pouvait le faire, c'était bien lui.
S'il avait un tel désir, c'était celui-ci - et rien ne compterait plus que ça. Avec un soupir, Leif agrippa l'échelle et commença à se hisser vers la salle de classe.

De doutes aux certitudes, il n'y avait qu'un pas ; des superstitions, dans un monde magique, il n'y avait que peu. S'il voulait régner, Leif devait apprendre à croire. S'il voulait gagner, Leif devait apprendre à concéder - à commencer par le fait d'être parfois en tort. Qui sait, peut-être que cet endroit lui apporterait des réponses ? Leif avait sa fierté, mais il savait l'éluder lorsque la situation l'exigeait - et s'il en ressentait le besoin.
Une angoisse colérique lui tortilla l'estomac à mesure des instants, et quand il entra dans ce lieu circulaire à l'ambiance si particulière, il se rappela pourquoi il en détestait la visite. Ses iris pourpres scrutèrent les alentours jusqu'à se poser sur le visage fin et familier d'une demoiselle.
Il laissa ses sourcils se hausser dans une surprise qu'il ne tenta même pas de dissimuler, et laissant les effluves essentielles se mélanger au parfum délicat d'Ene, Leif rompit la distance, comme entrainé par la frénésie de cette agréable sensation.

« Quelle surprise, ma chère. »

Il lui offrit la douce présence de son sourire enfantin, détailla son visage quelques instants durant. Il n'avait aucune idée de ce qu'elle faisait là - il faut dire qu'à l'ordinaire, rares étaient les gens qui s'imposaient plus de temps qu'il n'en fallait dans la tour d'astronomie.
Pour certains, c'était la peur du troisième œil inquisiteur de l'enseignant en colère de voir sa salle occupée - dans le cas de Leif, l'attrait assumé pour un inconnu dont il avait toujours dénigré la valeur.

« Ton humeur se voit à tes yeux, tu sais ? Tu as quelque chose de différent, aujourd'hui. Quelque chose te préoccupe ? » demanda-t'il en se détournant de son amie, sans ajouter plus de détails.

Sa question flottait avec la légèreté d'une phrase sans grande importance ; et avec lui, tout abordait cet air-là. Tout semblait si simple, exempte de problèmes. Une évasion permanente de l'angoisse du monde ; et cette idée-là semble plus facile quand on a l'intention de le conquérir.
Leif n'était guère homme à gêne : il respectait rang comme tradition, accordait des efforts particuliers quant au fait de ne pas froisser les autres ; mais jamais, dans ses raisons, il ne laissait couler la moindre once d'embarras. L'entièreté du chemin vers son futur était plein de concessions, et il en exécutait les moindres bassesses avec la froideur d'un homme impatient d'en amasser l'expérience.
C'est avec cette même aise qu'il extirpa de l'armoire deux infusions de thé : il n'était pas question de gâcher du si bon matériel, et les professeurs n'avaient jamais interdit aux élèves de consommer le thé après vision. Avec prudence et droiture, Leif versa de l'eau bouillante dans deux tasses différentes.
D'un mouvement de sa baguette, il intima au liquide de tournoyer dans les deux récipients, et ceci fait, retourna près de son amie pour lui tendre l'un des deux breuvages.

« Y-a-t'il meilleur plaisir que de partager un thé dans un endroit aussi horrible ? Tu peux me parler, si le cœur t'en dit. Sinon, je devrais meubler en te racontant mes dernières semaines. »
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Re: confession (ene) Dim 26 Mai - 11:11

La solitude est difficile à trouver dans une école où, à chaque couloir il est possible de rencontrer quelqu'un. A mesure que le temps passe, elle étouffe et son masque d'enfant sage semble prêt à se fissurer à chaque discussion qu'elle entreprend. Elle ne cesse de réfléchir et de se remettre en question. Est-ce qu'elle fait le bon choix ? Est-ce qu'il y aura vraiment un combat à mener, un combat entraînant des pertes ? Est-ce qu'elle peut trahir ses ami(e)s ? Oui. Oui, elle ne se trompait pas. Oui il y aurait des affrontements, et elle avait d'ores et déjà trahi ses proches. C'est ironique. Elle devient ce qu'elle déteste.

La tête enfouie dans ses genoux, ses bras l'entourent et elle reste assise, sur le sol, contre le mur. Elle espère que personne ne viendra car elle veut être seule. Et personne ne viendra car cet endroit n'est pas celui qu'on atteint facilement. C'est mieux ainsi, elle se laisse envahir par les doutes et les craintes, les objectifs et le but qu'elle recherche. Et les mots de Renard lui reviennent en tête. va-t’en, ene. cette organisation aura ta perte. Peut-être qu'il a raison et qu'elle perdra bien plus qu'elle n'en gagnera. Mais elle ne peut pas fuir. Le corbeau sait ce qu'elle ne voulait pas révéler et si elle part, il lui volera quelque chose d'autre. Inlassablement, le prédateur se repaît de ses proies.

Brusquement, la trappe se soulève, elle relève vivement la tête, son coeur s'emballe. La panique redescend lorsqu'elle reconnaît le visage de cet homme. Elle soupire. Ce n'est pas le moment d'être paranoïa et de craindre chaque personne qui ouvrira une porte.  

« Leif... »

Rapidement, il se rend compte que quelque chose ne va pas et c'est gênant. Il est aussi simple de lire en elle ? Elle est incapable de feindre que tout va bien alors que ce n'est pas le cas. Et en même temps, est-ce qu'elle peut lui annoncer tout ? "Coucou j'ai rejoins The Crow pour une raison que je ne peux pas communiquer, j'ai laissé l'un de nos camarades être victime d'un plan voué à l'échec car je n'ai pas su l'arrêter !". Non. Elle ne peut pas lui dire la vérité. D'une part, elle ne pourra plus être ici et devra fuir, d'autre part, elle n'a pas envie de se confier sur cela.

« Oh, trois fois rien. Juste un inconnu au surnom ridicule qui embobine les étudiants et qui proclame des idées plus farfelues les unes que les autres. Et... L'un de ses étudiants a été assez bête pour s'attaquer au directeur, résultat... Il... Il est parti pour... toujours. »

Elle baisse le regard. Ses mains au contact de la tasse se réchauffent tandis qu'elle fixe le contenu et pousse un nouveau soupir. Son explication est logique et ne laisse pas paraître un mensonge. C'est normal qu'en ses temps mouvementés, tous soient inquiets de la situation. Elle ferme ses paupières et profite du doux parfum de ce thé avant de continuer.

« Je t'écouterai mais, avant... J'ai besoin de savoir. Ce que je dois faire. J'ai l'impression que les adultes ne sont pas plus informés que nous et n'agirons pas alors, est-ce aux étudiants de prendre des décisions ? Alors que nous sommes des oiseaux en cage, que pouvons-nous faire ? »

Certains se battront, elle n'a pas de doutes sur cela. Mais est-ce qu'elle peut faire autre chose qu'attendre quand elle a les poings liés ? N'y a-t-il rien d'autre à faire que d'avoir peur en silence et de fermer les yeux sur ce qu'elle sait ? Il manque une pièce dans son raisonnement, sans cela elle est incapable de passer à l'action. Peut-être est-ce lui qui lui fournira.


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Re: confession (ene) Dim 26 Mai - 16:27

Tu réussiras, plus tard, Leif.

Cette douceur faisait du bien.
Cette douceur le rassurait. Cette douceur l’avait toujours rassuré, cet enfant incompris, abandonné, cet enfant qui ne venait de rien. Cette douceur avait enveloppé les premières années d’une entité sans attache, d’une âme perdue, venue d’on ne sait vraiment où.

Tu comptais voler la place de mon fils ?

Non, soufflait-il, et ce mensonge lui écorchait la bouche tant il avait l’impression de trahir son ambition. De trahir son rêve. De se trahir, lui, tout ce qu’il représentait, tout ce qu’il avait toujours été.
Oui, je compte voter ta place et la moindre place existante, oui, je compte voler le monde et ses moindres institutions. Oui, je compter voler le pouvoir et ses moindres parcelles restantes ; oui, je compte régner en toute omniscience, comme un soleil qui ne s’éteint jamais.
Je ne compte pas voler, mère. Je compte régner. Je compte détrôner l’existence, me hisser au sommet du genre humain, de la magie, de tout ce qui n’a jamais été.

Tu comptais me faire souffrir ?

Si c’est nécessaire, oui.
Si c’est ce qu’il en coûte. Si c’est ce que cette ambition vorace se charge de faire disparaître, si c’est le sacrifice qui se doit d’être. Ce désir s’étend, écrase les moindres parcelles restantes d’une humanité feinte, de l’image d’un garçon désireux et de cette bienveillance si brillante qu’elle ne saurait être naturelle.
Un rêve, comme racine de mon être ; un rêve, comme missionnaire d’un avenir tout tracé. Cette famille n’existe déjà plus - déjà emportée, la paix de ces murs, dévorée par un coeur qui ne connait pas de limite. Leurs esprits se fissurent, dépassés par l’ampleur de cette volonté grandissante - et la destruction de cette famille semble se présenter comme l’avant-goût d’une agonie à venir.

Je te hais, Leif.

Et lui-même, à vrai dire, aimerait pouvoir se hair. Lui-même aimerait se complaire dans cette douce rédemption, dans des regrets enivrants, dans ces bribes d’humanité rassurantes.
Lui-même aimerait se dire que tout n’était pas vraiment voulu, qu’il s’agissait de l’impulsive ambition d’un enfant qui lui avait fait perdre de vue l’essentiel. Mais ce n’était que mensonge. C’est ce qu’il avait toujours voulu - et rien n’y changera, car c’est ce qu’il a toujours été.
Humain, sans doute.
Un humain spécial, comme appelé par le destin ; un humain surplombant ses semblables, comme destiné à humilier les siens.

Tu ne réussiras pas. Tu ne viens de rien.

Cette amertume, comme l’aveu d’une impuissance frustrante, concluait leurs rapports. Quelque part, Leif avait préféré ça au silence du présent. Plus de nouvelles. Plus de colère. Plus rien, si ce n’est cette malédiction flottante, comme le rappel du destin. Leif n’avait pas besoin de ça pour comprendre, ni pour en arriver là ; Leif n’avait pas besoin de lui pour se coincer dans l’absolu choix qui ternirait son existence.
Tout disparaitrait, à terme.
Tout échapperait à son contrôle, à terme, parce que nul ne pouvait le contrôler - et lui-même finirait par tout abandonner de lui-même. Ainsi étaient les termes. Ainsi était-il fait ; et cette vérité le hantait, quelque part. Leif n’était pas différent de Crow. Leif n’était pas différent de ces mauvaises personnes, ces mauvaises ambitions, ces mauvais présages.

Leif prenait ces critiques comme une attaque personnelle, comme s’il s’y identifiait ; Leif se sentait blessé, parce que pour lui aussi, son ambition comptait. Son ambition comptait plus que tout - et la colère semblait vouloir outrepasser cette facade de bienveillance pour les rappeler à l’ordre, eux, tous ces gens, tous ces déchets, tous ces faibles, tous ces idiots, tous ces ignorants.
De quel droit ? De quel droit ?
De quel droit jugez-vous, vous qui n’avez pas de rêve ? De quel droit vous offusquez-vous, vous qui n’avez jamais vraiment vécu ? De quel droit haïssez-vous, vous qui n’êtes pas même dignes d’être aimés ?

Il se sentait bouillir, au fond. Gagné par une haine incontrôlable, parce qu’il comprenait, lui ; Crow n’était pas bon, mais Crow était brave, Crow agissait, Crow existait, et plus encore, Crow imposait sa présence. Crow était une absurde farce, mais la seule farce que cette école avait.
Il se sentait bouillir, Leif.
Et à mesure de ces sentiments assourdissants, il se dégoûtait - il se dégoûtait de ressentir de ça, de pouvoir le comprendre, de simplement y penser. Entre bien et mal, il se laissait perdre, comme la tempête de ses contradictions. Leif soupira longuement - et derrière ce masque impassible, rassembla ses neurones encore étanches pour formuler la réponse la plus juste qui s’imposait à lui.

« Nous sommes le futur du monde, Ene. Qui d’autre que nous se doit d’agir ? »

Il ne comprenait pas le but des rôles, ici. Les professeurs étaient l’image-même des monarques du passé ; les conservateurs des vieilles traditions, refusant le concept même d’évolution. Sans incarner le bien, Crow représentait l’impulsivité d’un monde en danger. Les choses changeaient - et qu’importe la direction qu’elles prenaient, chacun se refuserait à en retourner à ce que le monde avait pu être.
Un changement était nécessaire, même un aveugle prisonnier d’un monde silencieux aurait pu le remarquer - et la moindre chose que Leif espérait, c’était d’en être l’auteur. Il voulait protéger les siens, bien entendu.

La santé d’Ene n’avait pas de prix. La santé de ses moindres proches, leur sourire, le bonheur de chacun n’avait pas de prix.
Mais chaque fois qu’il fermait les yeux, il ne pensait qu’à lui-même. Chaque fois qu’il angoissait, il ne pensait qu’à son propre but, comme son unique bouée - et cet égocentrisme le dégoûtait. Leif s’en était toujours voulu d’être ainsi - et il avait toujours cherché à changer, devenir la meilleure personne possible, quelqu’un sur qui on accepte de pouvoir compter.

« Personne ne se battra mieux pour toi que toi-même. »

Son regard féroce, rougeoyant, se planta dans celui de son amie. Il vint trouver sa main pour lui offrir un contact délicat, et adoucir la dureté de son regard. Ce contact, il l’espérait, saurait lui témoigner de la douceur dont son visage était parfois incapable. Il se reprit bien vite, pourtant, et lui offrit la candeur d’un sourire enfantin qui lui était propre.

« Tu ne trouves pas que ça te va mal, ce rôle de l’enfant sage ? »

Il ramena son bras à lui et posa sa tête contre ses poings. Ses coudes posés sur la table, il semblait la contempler dans les moindres détails. Son regard la transperçait avec cette curiosité intransigeante, comme s’il voyait à travers elle. Leif avait toujours été bon pour juger les gens, et chez Ene, la gentille semblait s’imposer comme une nécessité. Protectrice ? Rassurante ?
Il n’aurait su le dire. Pourtant, il était fasciné par ce schéma d’un mensonge permanent - sans doute parce qu’il vivait dans le même.

« Tu es forte. Qu’est-ce qui te retient de le montrer au monde ? »
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Re: confession (ene) Jeu 30 Mai - 12:19

Il y a le silence et les doutes qui planent, des réponses informulées, des craintes exposées. Qui doit agir ? Qui d'autre ? Les enseignants, ce sont eux qui doivent les protéger non ? Alors pourquoi est-ce que Orphan Scamander a attaqué Renard au lieu de simplement l'immobiliser ? Pourquoi il n'a pas cherché à le sauver mais plutôt l'amener à sa perte ? Et Ella, et Rachel ? Sont-elles destinées à les protéger alors qu'elles ont juré allégeance au corbeau ? Les adultes ne valent rien. Ils sont une figure semblable à des statues, présentes mais immobiles. Des piliers de l'école, ni plus ni moins. S'ils apprenaient qu'un élève s'était trompé de route, ils ne l'aideraient pas, ils l'enfonceraient jusque dans sa tombe.

Alors, elle se contente d'hocher faiblement de la tête pour seule réponse. Ils sont le futur, ils doivent agir et c'est ce qu'elle fait. C'est ce qu'il va sûrement faire, lui aussi. C'est ce qu'ils vont presque tous faire, il a raison. Tous vont se battre pour ce en quoi ils croient. Bien sûr, il y a certains d'entre eux qui auront peur car c'est humain de craindre l'inconnu, la mort ou la violence. Peut-on en vouloir à ceux qui préfèrent rester en sécurité ? Est-ce de l'égoïsme de leur part ? Non. Chacun doit agir comme il le désire, c'est ainsi qu'il n'y aura pas de regrets. Elle relève son regard vers lui, secoue légèrement la tête.

« Je... ne veux pas me battre que pour moi... Je veux me battre aussi pour les autres. »

Est-ce que c'est mal ? De vouloir défendre ou protéger ceux qu'elle apprécie ? Non. Elle a raison là-dessus. Son contact la rassure, elle parvient à esquisser un petit sourire pour ne pas plus l'inquiéter. Pourtant, il s'estompe vite à sa remarque. Est-ce qu'elle joue un rôle ? C'est vrai, elle en avait bien un de façade, mais celui de l'enfant sage n'était-il pas sa réelle identité ? Elle reste muette, penche la tête sur le côté et réfléchit. Pourquoi dit-il cela ? Elle n'est pas impulsive, elle sait contrôler ses émotions, elle sait utiliser sa tête et ne pas foncer dans le tas sans avoir quelques plans mûrement réfléchis.

« Je... ne comprends pas...? J'ai toujours été ainsi...? »

Bon. Il est vrai qu'elle peut perdre ses nerfs rapidement quand quelqu'un s'en prend à l'un de ses amis, qu'elle est rancunière et a une mauvaise langue venimeuse mais, elle n'est pas bipolaire. Elle tient beaucoup trop à ses proches pour les laisser être blessés. Simplement. Ses pouces effectuent de petits cercles sur la porcelaine, elle a le regard baissé quand il lui pose une question encore plus étrange. Elle sourit tristement, cette fois. Elle a l'impression qu'il comprend des aspects d'elle qu'elle voudrait camoufler aux yeux de tous.

« La peur. C'est... la peur qui me retient. »

C'est évident. Seuls les idiots n'ont pas peur. Et elle n'en fait pas partie. Elle réfléchit trop, elle n'est pas capable d'agir car elle pense toujours aux conséquences de ses actes. Et elle a toujours peur que quelqu'un soit blessé, ou pire.

« Je ne suis pas forte. Regarde-moi. Je suis petite, je n'ai pas une carrure d’athlétique, je n'ai pas d'assurance. Et... Je ne peux pas me résoudre à choisir un chemin qui entraînera... de mauvaises conséquences. »

Si certains inspirent la force rien que par leur présence, n'inspire-t-elle pas plutôt la pitié ? Elle est fragile. Elle a l'air fragile. La seule force qu'elle peut dégager c'est peut-être celle de ses convictions mais aussi de sa force de caractère. Assise sur cette chaise, ses jambes se croisent, ses mains saisissent son vêtement, elle les serre dessus et relève la tête, gagnée par une bouffée de fierté.

« ... Mais je ne veux pas que mes amis soient blessés. Je ne peux pas le permettre alors... Quelque soit le chemin, je veux les protéger. »

Les autres passeront avant sa personne. Qu'elle soit d'un camp ou de l'autre n'altérera pas ses sentiments. Elle se sent plus soulagée d'avoir mis de l'ordre dans ses pensées et soupire. Elle n'a pas encore toutes les cartes en main mais, en parler fait du bien. Et elle lui en est reconnaissante.


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Re: confession (ene) Mer 19 Juin - 0:53

Les yeux cillant légèrement devant le visage si expressif de son amie, ses iris rouges la toisent avec une curiosité transperçante, faisant grimper l’intensité de l’instant vers une anxiété quasi oppressante.
Au travers de ses actes, soutenu par d’indéfectibles désirs, guidé par l’outrageuse volonté d’un imbécile utopique, il berçait chaque instant d’un sérieux si profond qu’il en devenait troublant.

Leif était de très bon conseil ; il investissait toute son âme au service de ses proches, jusqu’à en oublier la légèreté indispensable de l’humour. Ses humeurs battaient la mesure du temps comme un orage lointain.
Leif était un mystère.
Un mystère que lui-même ne parvenait à résoudre, et parfois, lorsqu’il glissait hors du déguisement parfait de sa vie rêvée, il se surprenait à soupirer de dépit. Soupirer, au nom de tout ce qu’il aimerait abandonner. Soupirer, comme un cri de liberté, d’abandon, comme le désir imminent, comme le besoin inexorable d’un futur libre de toute ambition.

Au terme, lui-même n’aurait su dire s’il était maître de ses rêves, ou si son rêve l’avait surplombé. Leif rêvait de protéger. Il maudissait les lointaines pensées qui le poussaient à l’amusement, haïssait ce fragment de plaisir né des entrailles du malheur actuel.
Rien n’étati juste, là-dedans - et le visage de son amie suffisait à ramener Leif à la réalité.

« Tu es forte, Ene. Je le pense. Mais je ne suis pas sûr que tu puisses protéger quoi que ce soit si tu te soucies des conséquences. »

Sa main se déposa sur la sienne alors que sa voix, alourdie par le pesant de la vérité, résonnait au milieu de la pièce. D’ordinaire, Leif était quelqu’un de rassurant - le sourire brillant, le visage bienveillant, sa lumière transperçait les doutes et l’insécurité de chacun.
Leif était ce genre de personne. Il ne laissait pas entrevoir le moindre mal, une quelconque emprise nocturne sur son royaume de lumière. Leif tenait les apparences avec un millimétrisme effarant ; et malgré ça, il se laissait emporter par la présence nécessaire d’une réalité cruelle.
Ses échos importaient peu, du moins, au regard d’Ene. Ene le connaissait bien assez pour n’en délivrer aucun jugement injuste - elle était ainsi, Ene. Assez importante pour qu’il contourne ses propres règles, défie ses futurs regrets, et le chemin si parfait d’un futur brillant.

« Quelque soit le chemin. Tant que tu ne perds pas de vue, tu es capable de n’importe quoi. Mais prends garde. C’est aussi la manière la plus rapide d’en venir à les blesser. »

Il sait de quoi il parle, presque instinctivement. Ses instincts politiques le poussent à cette réflexion lointaine, à jauger de prudence pour chacun de ses actes. Leif sait. Et cette intelligence sociable l’a aidé à bâtir l’empire de son propre futur.
Il règnera. Il ne le pense pas, il n’y croit pas. Il le sait.
C’est, à l’instar de bien des choses, à l’instar de son affection pour ses proches, une certitude sans égale. Il la protègera. C’est devenu une certitude, ça aussi, parce qu’il se refuse à laisser les choses lui glisser entre les doigts à présent qu’il a plongé le regard dans les terreurs de ses pensées.
Ene a peur. Elle l’avoue, et dans sa voix  rôde le doute viscéral de ses futures erreurs, comme un soldat innocent, traînant cette arme bien trop lourde comme le poids d’une culpabilité à venir.

« Ne fais pas d’erreur que tu regretterais, pas vrai, Ene ? »

Il la fixe, et pendant un instant, pendant un instant si court qu’on le crût rêvé, le temps d’une image, d’un clignement d’oeil, Leif semble effrayant. Son regard presque transformé, fendu comme les iris d’un félin, semblait transpercer jusqu’au jardin secrets des pensées éphémères, déchiffrant les milliers d’images qu’elle y dissimulait.
Ce n’est sûrement qu’un mirage, la fatigue doublée d’une inquiétude presque remarquable - et le Serpentard tend sa main, du bout des doigts vient tripoter l’extrémité d’une mèche des cheveux de la demoiselle. Un geste affectif, installant le confort d’une intimité nécessaire aux mots qu’il osa lui glisser, comme un secret.

« Si tu ne te sens pas capable, je le ferai pour toi. Je me salirai les mains. J’emprunterai ce chemin mauvais, traînerai dans la honte et le sang. La culpabilité et le mal ne me font pas peur. Pas plus que de te voir comme ça. »
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Re: confession (ene) Jeu 20 Juin - 20:02

Tu es forte. Trois mots beaucoup trop significatifs. Elle les fuit comme la peste, elle n'y croit pas même s'il le répète encore une fois. C'est faux. Elle a tellement peur au fond d'elle. N'est-ce pas une preuve de faiblesse ? Elle a tellement d'hésitation dans son coeur, elle ne sait quel chemin emprunter. N'est-ce pas une preuve de faiblesse ? Elle plisse légèrement les yeux à sa remarque. Il est au courant : elle n'est pas une gryffondor. Elle ne va certainement pas agir sans réfléchir. C'est hors de sa nature, un tel mode de pensées. Elle n'appartient pas à cette maison qu'est Serdaigle pour rien.

« ... Si je ne me soucie pas des conséquences, comment pourrais-je... les supporter ? »

Il n'y a que les idiots qui le font. Provoquer des conséquences désastreuses n'est pas son objectif. Néanmoins, il a raison sur un point. Elle ne peut pas rester immobile à simplement attendre trop longtemps. Elle doit réfléchir et aussi se bouger... Mais ne dit-on pas que tout vient à qui sait attendre ? C'est tellement compliqué qu'elle lâche un lourd soupir. Elle n'est pas plus avancée. Elle s'est décidée à ne pas fuir cependant, ce n'est pas plus simple de prendre des décisions. Sa main sur la sienne lui apporte du réconfort, elle relève son regard, bercé par le sérieux inébranlable quant au sujet qui vient.

« Personne ne sera blessé. Je ne veux plus que mes proches soient en danger. »

Ce ne sont pas des mots qu'elle prononce avec légèreté ou naïveté. Mais avec force et conviction. Elle les protégera, elle veillera sur eux. C'est sa volonté. Ne pas être la petite chose qui se contente d'assister aux événements, encore et encore et n'en retient aucune leçon. Elle est prête à engager son combat ; poursuivre ses choix mais aussi soutenir ses amis. The Crow ne pourra pas l'empêcher d'agir de la sorte. C'est ce qu'elle est. Une femme qui se sait fragile mais qui refuse de rester sur la touche, douce et tendre mais facilement impulsive lorsque ses proches sont en danger. Il a raison Leif. Elle n'est pas si sage que cela.

Son regard remonte vers le sien et elle écarquille ses prunelles. Le souffle coupé, elle sent une goutte de sueur rouler le long de sa tempe. Un frisson remonte le long de son échine. Elle a la gorge sèche, ravale sa salive, silencieusement. C'est comme si, en une seconde, il avait su. Ses démons, ses secrets. Alors qu'il ne peut pas savoir. Rien ne la trahit, il n'y a aucun indice. Il lui faut un moment pour se calmer, elle hoche légèrement de la tête et attrape sa tasse pour boire une gorgée, se ressaisir. Ene le laisse effleurer ses cheveux, ses joues rougies par la gêne, elle n'en perd pas ses mots.

« Non. Il est hors de question qu'un de mes amis prenne ce chemin. Tu n'as pas besoin de faire cela pour moi. J'y arriverai seule. »

Il fait partie des personnes qu'elle veut protéger et elle ne le mêlera pas à cela. Elle ne mêlera personne dans ce combat contre elle ne sait qui. Car se retourner contre The Crow ne lui vient pas en tête. Se retourner contre Poudlard et ceux qui y vivent non plus. Elle est au milieu de deux mondes aux idéaux divergents.


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Re: confession (ene) Dim 23 Juin - 15:21

Une gorge de thé, et le visage de Leif disparait derrière sa tasse, coupant court à l’intensité de son regard, de leur relation, en cette instant, comme une confiance variante, vacillante, soutenue par la bienveillance, happée par les doutes et la peur grandissante.
Entre eux, désormais, il y avait quelque chose de spécial - et il venait de le sentir.
Leur amitié semblait en état de grâce, bien que hachée par les doutes d’Ene. Comme rarement pour lui qui gardait la tête froide, Leif sentait l’intrusion presque agréable d’une angoisse omniprésente, comme les retours attendus des sentiments humains.

Depuis peu, il s’acclimatait à la présence doucereuse d’un entourage fidèle et avec eux, l’inévitable retour de flammes. En un sens, il était encore plus inquiet qu’elle, comme si l’humanité n’était qu’une distraction immonde ; en un sens, ça le rassurait, comme si l’angoisse l’empêchait de ne penser qu’à ses propres rêves.
Une gorgée de thé, et l’éclat de colère de son regard disparaissait. Tout semblait amer, dans la chaleur débordante de cette boisson d’hiver. Tout semblait amer, troublé par la fumée de l’eau bouillonnante. Une gorgée de thé et ses soucis disparaissaient, submergés parmi les senteurs des infusions variées.

Une gorgée de thé, une gorgée d’innocence, son esprit gorgé de mensonges grossiers.
Leif aurait aimé croire, avoir la preuve de son humanité. Leif aurait aimé aimer, être cretain de pouvoir tout ressentir avec la même intensité de ses instants d’adrénaline. Leif aurait aimé que tout ne fut pas que le grondement de sa bonne conscience, cherchant à oublier son inéluctable solitude.
Leif était maudit, maudit pour l’éternité. Leif était maudit, incapable d’aimer, incapable de s’attacher sous peine de perdre sa propre identité.

« Existe-il plus absurde que de se battre seul pour autrui ? »

Il observe son reflet déformé par la forme de la tasse dans laquelle il a cessé de boire. Son visage lui semble infâme, résultant de malhonnêteté. Qui est-il pour donner des leçons ? Qui est-il pour parler d’amitié ? Leif se bat seul, seul depuis le premier jour. Leif se bat pour lui, pour son but à lui seul.
Leif n’a jamais aidé, jamais voulu aider si ce n’était pour lui. Leif a toujours exprimé l’égoïsme, le narcissisme poussé jusqu’à se tromper lui-même. La conscience de ses erreurs suffisait-elle à les excuser ? La culpabilité du Mal suffisait-elle à le faire oublier ?

Leif voguait dans les doutes quant à sa propre personne, quant à son propre mal, guérissant celui des autres pour mieux s’apaiser. Leif cherchait le soulagement dans cette reconnaissance, dans cet altruisme empoisonné.
Chaque regard épris d’admiration semblait le blesser davantage. Chaque sourire sincère aurait pu le tuer un peu plus. Chaque remerciement, comme un coup final qui le transperçait. Que restait-il, au terme des mensonges, sinon les débris d’une âme piétinée par son invisible misanthropie ?

« Je sais que tu agiras seule, je te connais. Mais si un jour tu regrettes, si tu as l’impression d’avoir mal agi, d'avoir fait des erreurs ou de ne pas pouvoir être pardonnée, viens me voir. Je serai là. »

Une gorgée de thé, pour mieux diluer le goût de la culpabilité, du mensonge, du sang qu’il pensait déjà à verser. Leif semblait tordu ; déchiré par ses propres contradictions, et il se leva, trouva le réconfort de quelques pas, comme pour se rappeler de sa présence ici.

« Tu ne me caches rien, pas vrai? »
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Re: confession (ene) Lun 24 Juin - 21:02

Leif est agaçant. Il pointe du doigt avec aisance le ridicule de ses choix. Se battre sans soutien, seule pour protéger les autres. Alors que la force sera plus conséquente venant d'un groupe soudé que d'un unique individu. Il a raison, Leif. C'est insensé de choisir un chemin aussi compliqué que celui de lutter seule. Mais peut-on lui en vouloir ? Même si c'est le cas, elle s'en moque, elle est suffisamment déterminée à accomplir son but premier. Quitte à se mettre en danger, elle s'en sortira. Elle l'écoute, plisse légèrement le regard.

« Existe-t-il plus absurde que de regarder les autres se battre pour soi ? »

Des points de vue opposés, divergents. Elle descend son regard vers sa tasse, tourne ses pouces sur la porcelaine. Il n'y a pas une seule vérité, leur question rhétorique n'en est qu'une. Elle trempe ses lèvres, laisse le silence planer quand elle boit à son tour. Il y a une tension légère dans l'air, l'analyse des pensées, des gestes. Peut-être essaye t-il encore de lire en elle. S'il savait, que dirait-il réellement ? Il la soutiendrait dans ce choix ? Il lui barrerait la route. Sans nul doute, tous auraient cette réaction et c'est pourquoi aucun ne doit savoir... Sauf qu'en l'entendant, elle ne peut que lâcher sa tasse qui retombe sur son étui dans un petit son. L'ustensile n'est pas cassé mais le liquide s'en est échappé. Elle ne s'en soucie guère. Elle sourit tendrement et hoche de la tête, soulagée par ce qu'il vient de dire.

« Merci Leif. Si cela arrive, je viendrai te trouver mais je ferai tout pour ne pas regretter mes choix. »

Elle regrette déjà bien trop de ne pas avoir pu aider Renard, elle regrette de ne pas l'avoir arrêté alors qu'elle en avait eu l'occasion et elle n'est pas sûre de pouvoir se le pardonner un jour. Ni de le pardonner à celui qui a causé ce drame. La question qui suit la surprend de nouveau mais cette fois, elle reste silencieuse. Elle ne sourit pas, elle se pince les lèvres. Les pensées sont multiples mais la réponse est d'ores et déjà décidée.

« Je ne te cache rien d'important. »

C'est normal pour une femme d'avoir des secrets, sa réponse ne devrait pas éveiller de soupçons. Étrangement, elle est devenue une bonne menteuse, elle qui déteste cela. Elle se hait d'avoir changé sur ce point.


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Dernière édition par Ene Reiss le Sam 29 Juin - 10:39, édité 1 fois
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Re: confession (ene) Mar 25 Juin - 1:54

Il le sait. Quelque chose existe au-delà des mots, une vérité se cache derrière son visage, ses expressions, l’entièreté de son silence. Quelque chose a changé. Leur amitié, en un sens, sûrement, mais ce n’est pas tout. Ce n’est pas suffisant, pas suffisant pour détrôner son ambition étrange, pas suffisant pour ébranler sa volonté grondante.
Leif ne fléchit pas, pour autant. Son visage garde le lissage impénétrable d’une poupée de cire que les flammes de la colère ne semblent pas même proches de faire fondre.
Il entretient ce sang-froid, cette recherche d’une vérité vacillante. Ce qu’elle recherche, il a des doutes sur la nature du projet. Ce qu’elle compte faire, il a des craintes sur ce vers quoi l’angoisse d’Ene lui dicte de se tourner. Seul le silence veut bien répondre à son interrogation.

Le silence qui suivit le bruit de la tasse renversée, qui n’était pas anodin - et comme la parfaite expression de ses mensonges, ce tableau si doux en apparence qu’on l’eut crût tiré du trait de Norman Rockwell sembla voler en éclats.
La vérité cessait d’exister, leur vérité, celle de cette amitié délicate, respectueuse, d’un partage assumé. Le silence qui suivit sa question, tenant pour seule compagnie le bref son de ses lèvres pincées.
Aveuglé par cette humanité si navrante, Leif ne remarquait pas. Désireux de se fier à elle, d’oublier ses ressources de pertinence, il se contenta d’opiner, silencieusement, comme s’il cherchait à se convaincre lui-même que le seul mal existant, comme bien souvent, ne tenait que de son imagination mirobolante.

« Je te fais confiance, je tiens à ce que tu le saches. »

Il lui semblait important, vital de rappeler à l’ordre les bases que ses questionnements incessants en venaient à troubler.
Leif croyait en elle. Sincèrement.
Il s’arrêtait par anxiété, portait un bref regard sur la situation importante d’une amie, d’une importance qui n’avait pas de prix et qu’aucune autre chose ne saurait égaler ; il pensait à sa santé, son bonheur, à tout ce qu’elle représentait, et pourtant, et malgré tout ça…

Et malgré tout ça, il se refusait à s’arrêter.
Malgré tout ça, il se refusait à porter un regard en arrière, cesser le chemin sinueux d’un futur qu’il estimait nécessaire. Une fois maître de tout, il saurait mieux l’aider. Leif se disait ça - en permanence. Leif se disait que bientôt, tout appartiendrait au passé. Mais n’était-ce pas une excuse facile si sa seule solution lui venait du futur ?

« Ene. »

De lui-même, il se leva pour nettoyer la bêtise causée par leur discussion. Ce n’était pas sa faute, du moins, pas à elle seule. En amitié, les choses marchaient ainsi : les fautes étaient partagées, consciemment, volontairement, parce que le malheur était une part intégrale du lien qui se tissait entre eux.
Qu’elle le rejette ou non, ça ne tenait qu’à elle. Qu’elle veuille de son aide ou non, elle était la seule directrice de ce choix ; mais si un jour elle voulait trouver le réconfort de sa présence, Leif serait là.
Leif serait toujours là ; il était peut-être un piètre être humain, plus gagné par le narcissisme et l’intérêt que de bons sentiments, mais il savait prendre soin de ses proches. Jusque là, il l’avait prouvé.

Peut-être que cette part de lui avait ses limites. Peut-être qu’au final, il serait le principal fautif de sa chute, de ses tourments. Leif n’avait pas confiance en lui, à ce sujet-là. Mais il voulait croire que, quelque part, il n’était pas totalement mauvais.

« Je te pardonnerai. »

Mise-en-garde ? Conseil ? Réconfort ? Au fond, il n’aurait su le dire. Si le reste du monde lui en voulait, Leif se dresserait face au monde. Il n’en avait pas peur - c’est, de toute façon, ce qu’il avait prévu à l’origine. Malgré tout ça, Leif était sérieux. Il n’y avait rien qui outrepasse ses rares amitiés, en dehors de son rêve - mais Ene saurait-elle être une menace pour sa domination du monde ?
En un sens, il ne le pensait pas. Il ne pensait pas possible qu’elle puisse le trahir lui, spécifiquement, et se dresser à son encontre. Alors Leif la pardonnerait. Parce que le reste, les milliards de possibilités de l’univers lui semblaient bien dérisoires.

Entendrait-elle cette volonté ? Il n’en savait rien. Il avait bien compris l’omniprésence de ses tourments et, bien loin de vouloir l’oppresser, il décida de laisser Ene respirer.
Après un regard un peu plus long, couronné de cette inquiétude si bien masquée, il prit la direction de la sortie, lui laissant le bénéfice de profiter de l’espace. Leif n’insisterait pas. La vérité, quelle qu’elle soit, finirait par reprendre ses droits. Et ce jour-là, Leif pardonnerait.
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Re: confession (ene) Sam 29 Juin - 11:15

Il le sait. Ene en a conscience. Il est loin d'être bête et ses beaux sourires ainsi que ses paroles ne le tromperont pas. Pourtant, elle ne peut pas se résoudre à lui en parler, c'est impossible. Le peu de normalité qui persiste dans leur relation prendrait fin pour ne laisser que des regards de travers et des silences plus gênants que celui qu'elle a interrompu. Ses pensées voguent à la dérive, elle n'ose pas croiser son regard car ce qu'elle juge peu important serait sûrement bien plus grave à ses yeux. Enfant sage, il  a raison, ce rôle ne lui va pas du tout. C'est juste un masque qu'elle revêt en permanence. Un masque qui lui fait oublier ce qu'elle est.

Je te fais confiance. C'est du poison dans les veines, une culpabilité qui lui serre le coeur, un peu plus fort. Combien lui ont dit cette phrase ? Combien ne cesse-t-elle de trahir ? Pourquoi est-ce si facile de mentir ? De devenir ce que l'on méprise le plus ? Pourquoi personne ne voit qu'elle est mauvaise ? Qu'ils devraient l'éviter plutôt que de la croire. Elle ferme ses paupières, elle soupire profondément.

Non. Ne me fais pas confiance. Méfies toi de moi, doutes sans cesse de moi car je ne suis pas ce que tu penses. Je ne suis pas une gentille fille. C'est un masque Leif, c'est une hypocrisie permanente. Ne m'aides pas car si tu t'approches, je ne sais pas ce qui arrivera. Mais tu seras en danger.

Elle aimerait tellement lui souffler cela mais à la place, elle reste placide. L’appellation de son prénom la fait relever le regard, elle l'observe. Il la pardonnera, elle n'en est pas sûre. Elle ne le dit pas, elle n'en a pas la force ni le courage. Les mots ne lui conviennent plus. Ses lèvres restent closes. Il s'éloigne, elle ne le retient pas. C'est une fois la trappe refermée qu'elle pose ses mains contre son front, fixant la table dans le vide alors qu'elle soupire.

« ... Et moi... Est-ce que je pourrai me pardonner un jour ?.. »

Elle se mord la lèvre inférieure, dans le silence, elle essuie ses yeux humides.


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