Que nos joies demeurent [Esteban ♥]

Slàine O’Toole
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Que nos joies demeurent [Esteban ♥] Mer 24 Juil - 19:22

Que nos joies demeurent
Chaque matin depuis l’issue désastreuse de la chasse au trésor organisée à Beauxbâtons et Uagadou, c’est-à-dire chaque matin depuis près de quatre mois maintenant, Slany se livre au même rituel, tout vain qu’il soit : elle s’assure, de près, de loin, de vive voix ou à travers la manifestation désincarnée de son téléphone, que ceux qu’elle aime vont bien. L’initiative ne lui donne qu’imparfaitement bonne conscience, cependant, et elle sent instinctivement, malgré le piteux cache-misère que beaucoup déploient pour essayer d’adoucir l’atmosphère et de se lénifier l’esprit, que la vie à Poudlard n’est plus la même. C’est qu’il rôde toujours, cet oiseau de mauvais augure, creusant profondément de son bec les vulnérabilités qu’il a dévoilées ou créées par ses raisonnements insidieux. Elle-même n’a pas été épargnée par les terreurs nocturnes, par les variations de l’air qui s’opèrent subitement au tournant d’un couloir, par cette voix aussi intrusive que de la poussière, et elle ne doit qu’à l’éternel combat entre sa formidable bonté et son invincible poltronnerie de n’avoir toujours pas sombré dans l’un ou l’autre excès – ceux-là qui, désormais, divisent secrètement ses camarades. Elle n’est pas fière d’abstraire ainsi les enjeux de leur situation, en vérité elle a terriblement honte, et chaque jour lui fait un peu mieux sentir ses velléités impuissantes de résistance, son appartenance à la catégorie des personnes passives qui insultent la beauté et la valeur de l’existence en ne faisant rien, dont l’âme – ou la moitié d’âme – semble évoluer non pas à l’intérieur du corps, mais en-dehors, dans l’à-côté de ceux qui pensent pouvoir donner l’apparence de ne pas se sentir concernés.

Alors, elle fait des gâteaux très gourmands qu’elle sème un peu partout dans la salle commune et se jette tête la première dans les révisions pour réussir ses examens de fin d’année. Ces derniers jours, elle a pris l’habitude de se réfugier sous l’abondante et murmurante frondaison des arbres, espérant peut-être se racheter un peu, un tout petit peu, en respirant à plein nez la joliesse du monde – indifférente, elle ne l’est pas, voudrait-elle crier. C’est du reste un merveilleux prétexte pour rechercher la présence d’Esteban en dépit de la tournure un peu étrange que leur sortie à la confiserie d’Honeydukes a prise. Ils se sont revus depuis, dans des moments aux allures de coups de vent, et elle n’a jamais osé se faire la réflexion qu’il était peut-être devenu un petit peu plus distant, parce qu’elle, de son côté, admet de mieux en mieux en son for intérieur, avec la plus fraîche candeur du monde – celle de l’enfant qui saute à pieds joints dans une flaque d’eau boueuse sans le plus petit souci de se salir, tout persuadé qu’il est d’avoir acquis une forme d’immunité grâce à ses bottes en caoutchouc –, parce qu’elle admet de mieux en mieux, donc, qu’elle pense de plus en plus à lui ; un peu, et elle en rosirait presque, un peu comme il lui arrive de songer à la perspective de s’offrir une chocoballe pour le goûter, c’est-à-dire avec une tendresse et une joie pures.

Bien évidemment, elle trépigne en l’attendant à l’orée des parcs, et sans surprise, il n’échappe à l’accès d’allégresse qui la bouleverse immanquablement, chaque matin depuis près de quatre mois maintenant, sitôt qu’elle l’aperçoit, grand, d’une nonchalance toujours un peu dédaigneuse, c’est vrai, mais caramélisé comme un cannelé ; c’est-à-dire qu’elle lui bondit dessus sans le moindre complexe, referme puissamment ses bras autour de lui et s’écrie – paradoxalement – dans un chuchotement : « Oh, Merlin soit loué, tu vas bien ! Le vilain corbeau ne t’a pas nettoyé ! » Parce que, « nettoyer », c’est l’horrible terme que ledit corbeau a utilisé, au terme de l’épreuve, elle s’en souvient comme si c’était hier, et s’en rappeler lui remue toujours les entrailles à la manière d’un mets mal digéré. Ensuite, que fait-elle ? Elle le repousse mais le garde fermement au bout de ses bras tendus, au bout de ses mains fichées sur ses épaules, pour lui faire subir l’examen de ses yeux concentrés, surmontés de ses sourcils froncés dans un mélange de détermination et d’inquiétude. Alors, elle acquiesce et déclare en le dévisageant : « Bon, tu as l’air en forme. » Enfin s’aperçoit, toujours à retardement, de l’impolitesse de sa proximité et de son insistance, rosit un peu, et bredouille en souriant : « P-pardon. T-tu es prêt à travailler ?? »

HRP : Encore pardon, pardon, pardon pour ce délai, je devais ouvrir notre RP depuis une éternité et je ne le fais que maintenant ouin... J’espère que ton boulot ne t’épuise pas trop et que mon début te conviendra – dans le cas contraire, tu sais où me trouver. Des papouilles tendres ! rub  rub
Esteban Bayne
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Esteban Bayne
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Re: Que nos joies demeurent [Esteban ♥] Sam 27 Juil - 20:09

Que nos joies demeurent- -

Esteban

Alaois

Il aimerait rouler.

Sur un vélo, une trottinette ou même une voiture. Des ustensiles moldus, non-sorciers, dénués de ces magies pernicieuses qui lui font désormais froncer le nez et les sourcils. Certains de ses camarades dorment mal la nuit, des cauchemars en croassement sec à leurs oreilles. Lui-même a les yeux sombres, arides, comme s'il s'était mis à une fenêtre un jour de grand vent. On ne revient pas sur ce qui a été dans les couloirs - en tout cas pas autour de lui. Les paroles sont en demi touches, l'effroi se tapi à même les iris encore bordés des larmes des épreuves. Si ce n'est pas commenté, on peut se donner l'illusion que tout ceci n'est pas arrivé. Du reste, Esteban ne se sent que si peu concerné malgré son sang et cette absence de baguette dûment remplacé par des amulettes étranges qu'il apprend à reconnaître et maîtriser jour après jour. Les élèves comme lui ont toujours été une cible privilégiée, on peut toujours haïr son voisin pour un tas de raison et cette dernière - estampillé d'un corbeau ténébreux - est aussi valable et absurde qu'une autre. Les sorciers sont absolument tous hypocrites se plait-il parfois à penser injustement.

Même ceux qui prétendent aider des causes nobles. Peut-être même plus encore.

La réflexion nauséeuse lui creuse le ventre, les jolies discours venant de toute part comme autant de calices amères. Du ministère et des directeurs, des élèves qui ont une bien grande gueule et des professeurs dépassés. Il laisse couler, l'intérêt gluant empêtré dans un trop grand détachement. Des drames déjà obsolètes avant même qu'ils ne parviennent à son oreille, des angoisses luisantes au fond de certains regards qui s'éloignent à son approche. L'oiseau de malheur a bien semé ses plumes.
Le manteau de soucis a recouvert jusqu'aux épaules tendrement mouchetés de Slaine et il n'est pas certain d'être à-même de le pardonner à qui que ce soit. C'est une chose que d'embraser le monde sous des idées vieillottes et terriblement ennuyeuses, d'avoir l'arrogance d'imposer ses modes de vie et de pensées aux autres sans même les concerter, s'en est une autre d'envahir l'esprit fécond et si terriblement innocent de son amie.

Son amie ?

Il n'a pas réitéré son baiser, le souffle piteux au bord des lèvres arrachées par la surprise. Il se sent encore coupable, la vision de ses doigts entortillés quand elle s'est éloignée subitement, les rougeurs volcaniques sur ses jolies joues les jours suivants, les balbutiements adorables en guise de salutations empêtrées sont comme autant de souvenirs aussi merveilleux que pénible. Il ne parvient pas à l'oublier parce qu'elle se fait précisément un devoir de faire comme si. Elle fond ses sourires avec délicatesse sur ses camarades, les abreuve de gourmandises nerveuses, se pare de livres et d'exercices, s'occupe le corps et l'esprit. Et le cœur ? Il rit de sa propre bêtise, endosse à son tour le rôle de connaissance grognon - lointaine, l'œil sévère sur les sautillements de l'irlandaise solaire et le verbe court en guise de remerciements acariâtres.

En vérité, il lui en veut et il ne peut pas empêcher son visage de s'allonger et de se renfrogner quand elle se montre bien trop gentille à son égard - et plus encore quand elle déverse sa candeur naturelle sur tout autre que lui. Ce serait plus simple si elle se montrait moins ravissante d'âme, s'il pouvait la juger réellement frivole et aussi coupable que tout ceux de son espèce. Mais elle papillonne dans les couloirs, avenante, la courtoisie légère, les rires chaleureux malgré les tremblements de cils aux mentions interdites.

Aujourd'hui, il a un peu cédé, le rendez-vous prit et arraché dans un grondement murmuré. Lorsqu'elle parvient à sa hauteur tel un diable rose et orange, il a un froncement de sourcils adéquat, la langue roulant pour ne pas laisser son sentiment de frustration filtrer.  « Le corbeau ? Slaine, s'il te plait... » Il la laisse poser ses mains fermes sur lui, les doigts ardents sur des bras qui peuvent l'être tout autant. C'est pourtant une posture et un visage grondeur qu'il offre en retour.  « Oui, j'ai bien dormi. Pire qu'un panda en plein été. » Il l'observe tout à coup, les iris analytiques scannant un visage rosissant. Le sourire en coin lutte pour ne pas s'éveiller : c'est pour lui ? Juste pour lui ? Il penche son visage, méfiant. Elle est généreuse Slaine, la chair tendre et le cœur en sucre. Aussi lumineuse qu'il n'est taciturne et parfois - oui - avare. Il réprime l'envie de toucher la couleur framboise, de l'effleurer d'un doigt triomphant, au lieu de ça, il se fend de lèvres boudeuses. Slaine est comme un soufflé au chocolat et il est prompt à ouvrir les fours.

A vrai dire, elle lui a claqué la porte sur le nez avant même qu'il n'essaye réellement.

 « Tu t'inquiétais pour moi? » Il prend un ton aussi froid que possible, serre la bandoulière du sac avant de lui faire signe du menton d'avancer. « Etudier est toujours une bonne option. Il faut vivre selon ses clichés et il parait que je suis serdaigle. » Il fronce le nez, un semblant d'amusement fantomatique effleurant les lèvres. Il ne sait pas vraiment s'il appartient encore à cet école ou même à ce monde mais il a étudié dans leurs rangs, y a grandi quelque part et l'idée de tout balayer insère une pointe d'angoisse qu'il comprime obstinément. « Toi aussi tu vas bien. Ne me dis pas que tu penses réellement à ces histoires de corneilles ou de je ne sais quoi ? Quand quelque chose d'aussi ringard menace, ils ont un truc chez les moldus, ils font des memes dessus. » Il n'a pas plus d'humour que la plupart des élèves de cette école pourtant. La main vient pour effleurer le coude de la jeune femme puis se ravise. « Ah par-là, cet arbre est mieux. » Les feuilles émettent un bruissement salvateur, le vent calme sous les horaires d'été. « Tu préfères un banc ou dans l’herbe ? Tu n'as pas peur des coccinelles ? » Ajoute-t-il, la boutade perlant entre les mots.

Si c'était le cas, aurait-il pu rajouter, il aurait fallu qu'elle ait peur d'elle-même.


Slàine O’Toole
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Re: Que nos joies demeurent [Esteban ♥] Dim 4 Aoû - 12:35

Que nos joies demeurent
Bien sûr, Esteban reste en toutes circonstances d’une humeur égale, n’opposant à la menace ambiante que son éternel froncement de sourcils incrédule. Slany se sent rougir intérieurement, de honte et d’enthousiasme tout à la fois. Elle l’admire tant pour sa capacité à ne pas se sentir concerné par ce qui arrive : lui, s’il ne s’en mêle pas, c’est très volontairement, contrairement à elle qui n’est entravée que par ses incorrigibles insuffisances – un courage qui manque cruellement. Elle essaie de ne laisser échapper aucun soupir, de ne pas l’attirer de nouveau à elle pour le serrer une fois de plus dans ses bras et s’assurer de l’évidence, à savoir qu’il est en pleine santé – non, inutile de mentir, juste parce qu’elle en a envie. Sage, elle se contente de ce qu’elle a déjà pris et le regarde avec douceur.

C’est qu’il est tout renfrogné, et elle s’aveugle, ose espérer que ce n’est pas à cause d’elle. Par bonheur, l’évocation du panda l’attendrit tant qu’elle pouffe discrètement : « Oh, c’est mignon ça… » Elle se réfugie délicatement derrière la superficialité de ses réactions, pour ne pas avoir à lui dire explicitement à quel point elle est heureuse d’apprendre que rien, pas même un oiseau de mauvais augure, ne saurait perturber son sommeil, où s’enracinent solidement les plus puissantes volontés. À contrecœur, mais sans n’en rien montrer, elle finit par le lâcher, ses mains retombant mollement le long de son corps. « Bien sûr que je m’inquiète pour toi ! affirme-t-elle avec empressement. Je… Je m’inquiète pour tout le monde, même si je n’arrive pas à faire grand-chose de plus… » La fin de sa réflexion est murmurée tout bas, piteusement, et elle est contente de pouvoir s’en distraire en avançant aux côtés de son camarade. Elle le suit pensivement, souriant un peu malgré elle à ce mélange de détachement et de cynisme qui le caractérise ; néanmoins le spectre de l’inquiétude ne tarde pas à reparaître sur son visage, vampirisant un peu l’incarnat de ses joues : « Mais comment ne pas y penser, Esteban ? » s’enquiert-elle avec un voile d’impuissance très perceptible au fond des yeux. Le plus douloureux est peut-être de ne pas avoir les mots nécessaires pour lui dire que la ringardise, ayant toujours le culot pour elle et étant par là même souvent sous-estimée, est en un sens plus dangereuse qu’une menace sobrement mise en scène. Elle n’ose pas non plus l’interroger sur cet usage moldu dont il parle pour ne pas avoir l’air bête, mais se promet de se renseigner une fois seule. Sa poitrine se comprime un peu sous le poids de tout ce qu’elle doit ravaler par manque d’assurance.

Heureusement, elle trouve un réconfort indicible dans l’application qu’il met à choisir l’arbre qui leur servira de refuge ; c’est une façon de renverser l’ordre de ses propres priorités, rien qu’une seconde, un courant chaud dans l’océan déchaîné de ses angoisses. Il n’a pas même l’air de soupçonner sa capacité à lui donner, malgré lui, malgré ses inapaisables renfrognements, des motifs de reconnaissance. Elle en garde tendrement le secret et continue d’avancer maladroitement sur le tapis moelleux de l’herbe, jusqu’à ce qu’il ne lui arrache, par sa boutade, un petit hoquet d’indignation. Elle rétorque aussitôt : « Peur des coccinelles, moi ? Quelle idée ! » Et bombe le torse dans un simulacre de courage sans songer aux fois où une coccinelle – ou un papillon – s’est posé sur le bout de son nez – ou dans ses cheveux –, et où elle a senti, en dépit de tous ses efforts pour se tranquilliser, son cœur palpiter d’une légère appréhension avant de se liquéfier de tendresse. « Si j’ai peur, c’est de les écraser… » ajoute-t-elle timidement, ce qui n’est jamais qu’un demi-mensonge, n’est-ce pas ? Elle s’élance vers l’arbre qu’il a indiqué, retire sa robe de sorcière pour l’étendre à ses pieds sur l’herbe grasse – elle n’a pas du tout procédé à un examen pour s’assurer qu’aucun insecte ne cheminait trop visiblement à cet endroit-là, c’est faux – et s’installe très pudiquement en tailleur en prenant soin de rassembler les plissures de sa jupe entre ses jambes. Elle reprend un peu fébrilement en sortant ses livres de son sac : « Est-ce que… Est-ce que tu en as parlé à tes parents ? Est-ce qu’ils t’en parlent, eux ? » Elle semble très soucieuse, tout à coup. « Ma Maman m’a formellement interdit de m’en mêler mais elle n’a rien voulu me dire de plus. D’après elle, il faut laisser agir les autorités compétentes… » Cependant le bruit ne court-il pas, dans les couloirs, que celles-ci sont impuissantes ? Elle secoue négativement la tête. « Elle m’a dit qu’une fois les examens terminés, il faudrait que je rentre directement à la maison pour les vacances d’été. J’aurais tellement aimé aller au bal de fin d’année, pourtant… »
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Re: Que nos joies demeurent [Esteban ♥] Sam 17 Aoû - 14:15

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Esteban

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Cela fait un certain temps qu’il n’a pas ressenti cette sensation de façon aussi précise. C’est organique, en plein dans ce ventre qui tressaute et se calme à nouveau. Pas un muscle extérieur ne bouge face à la candeur juvénile de la rousse, rien qui ne puisse trahir combien le charme inconvenant de son inquiétude naïve se diffuse sur lui. Il se redresse un peu plus, éloigne sèchement sa peau de la sienne. Il faut se faire une violence exquise en se rappelant doctement que Slaine s’inquiète pour tout le monde. C’est dans sa nature cordiale, le cœur généreux et les sourires en confiture fraîche sur des tartines de soucis. « Mais comment ne pas y penser, Esteban ? » Il aime un peu trop son prénom dans sa bouche et ne réponds pas. Le mécontentement se creuse sous les faiblesses qui affleurent. Elle est adorable et c’est un crime. « Oh, j’ai des idées pour ne plus penser à rien. » Le sourire est un peu cruel – terriblement opaque – mais c’est sa seul arme ici. Elle l’enveloppe de mignonneries qu’il s’obstine à refuser quand elles lui sont pourtant duvet moelleux et accueillant.

Il l’imite et s’installe à son tour, luttant pour ne pas rire à la voir observer le sol si sérieusement, l’œil apeurée encore à l’idée de meurtres invisibles. « J’essaye de ne pas trop y penser. » Les lèvres forment un pli soucieux quelques secondes avant de s’adoucir. « Mes parents ont du mal avec l'ambiance générale et les gros titres racoleurs sur les journaux… ils m’ont recueilli sans arrière-pensées, ça ne les effleure pas qu’on puisse avoir de tels idées. D’un côté je suppose que j’ai eu de la chance… de l’autre c’est une très mauvaise protection. On s’habitue trop vite aux gens qui nous veulent du bien. » Il s’arrête et fronce les sourcils, les doigts s’enroulant un instant dans les brins d’herbes, les jambes longues se détendant enfin. Elle est jolie Slany vu d’ici, les bouclettes rousses mal mises derrière les oreilles. Il s’allonge pour de bon, le sac en oreiller de fortune, les nuages glissant sur un visage déterminé. « Cela va mal finir et on sera de nouveaux coupés les uns des autres. Ce n'est peut-être pas si mal. Dans l'ordre des choses. » Elle confirme son idée quand elle annonce qu’elle devra directement rentrer pour les vacances. Il a un long regard et un acquiescement perceptible dans la façon dont il abaisse ses paupières un bref instant. « Tu n’iras pas au bal ? C’est dommage ça. Tu vas devoir briser des cœurs en refusant les invitations. » Il peine à ne pas montrer - sottement - qu’il en est positivement ravi. Aucune envie de la voir danser au bras d’un autre. L’envie est sombre et n’a rien d’agréable au fond de la gorge. Il la fait passer pour une indifférence voilée qui n’a pourtant rien de bien réelle. Le ventre tressaute à nouveau, le plongeant dans une mauvaise humeur qu’il tâche de balayer d’une main sur le front. « Les filles en font toute une histoire de ces bals. Les garçons aussi en vrai. » Il a un petit sourire en coin. « Tu sais ce qu’il y a de pire dans cette histoire ? C’est que ce type de sorciers, ceux qui sont comme le piaf là, ils vont te dire ‘wow non je ne les hais pas ces moldus, je veux juste pas qu’ils touchent à mes baguettes et qu’ils épousent des filles de chez nous, c’est normal c’est pas pareil. Mais je ne les déteste pas. ‘ » Les doigts glissent et re-glissent sur l’herbe fraîche. Il a la clarté des genoux féminins sous la jupe sage plissée dans le périphérique de ses iris. Il en a assez de ce type de conversation qui n’apporte qu’une sensation d’impuissance dans ses veines. « Je me demande ce que c’est quand ils haïssent quelqu’un pour de bon du coup. Je me demande ce qu’il en sera à ce bal quand les gens vont se mélanger. » Il n’a plus l’air si sûr de lui, comme s’il prévoyait déjà que les gens ne se mélangerait justement pas. Il n’a pas confiance dans la plupart des élèves de cette école, le tempérament trop taciturne pour se mêler aux bavards et autres fiers à bras peuplant les couloirs.

Esteban se hisse sur ses coudes. Les livres sont dans son sac et il finit par les retirer avec des gestes rapides et plus ou moins adroits. « Sans vouloir être dramatique, c’est peut-être la dernière année que Poudlard accepte les élèves comme moi, donc autant en apprendre le plus possible. Tu as dit astronomie ? Je vais lancer une nouvelle mode, au lieu de lire l’avenir dans les lignes de la main, on le fait sur les grains de beauté. Je n’en ai aucun, tu crois que ça veut dire quoi ? » Son regard imperceptiblement passe sur les tâches de son qu’il perçoit un peu partout sur la jeune femme.

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