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 réparer les vivants

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Marek Lyubov
Eleve sang-mêlé
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Eleve sang-mêlé

Messages : 12
Points : 14
MessageSujet: réparer les vivants   Mer 11 Oct - 16:22



marek lyubov surnom déconseillé 20 ans hétérosexuel indifférent kazakh sang-mêlé occlumens 8ème année licence de médicomagie aspirant chirurgicomage étudiant de sïkhanéjādū en échange ne pense rien des parias de la magie serdaigle akai shuichi @meitantei conan




baguette en érable avec une molaire de goule, vingt-six centimètres, souple et fine son épouvantard est une femme et paisible qui sourit, éventrée son patronus est un lapin le miroir du riséd le reflète accompli dans son cabinet il n'a pas de matière préférée il n'aime pas les sucreries la créature qui l'inspire le plus est l'être humain il ne possède pas d'animal de compagnie




La vie ne vaut rien,

vous dit Marek. Lorsque l'on réalise quelque chose d'aussi fondamental, on est frappé de constater que les autres se paient le luxe de ne pas le savoir.

La vie ne vaut rien et c'est en cela qu'elle est inestimable. Car comme ceux qui ont tout perdu ne sauraient tomber plus bas, Marek peut tout entreprendre.

Il y a longtemps que Marek n'a plus rien de personnel à vivre. Ses années d'existence, les unes après les autres, seront liées entre elles par les sutures chirurgicales. Le futur ne sera qu'une longue expérience médicale qui recouvrira l'existence, recouvrira les passions, le réel pourra seulement se fondre dans le lent mouvement de l'opération.

Vous croyez aux gens méchants ? Peut-être qu'il n'y a tout simplement rien de bon dans l'animal politique. Car celui qui s'est mis debout sur ses pattes arrière pour voir les choses de haut, et qui a décrété, fort de son regard, qu'il serait désormais Dieu, celui-là n'a rien de fondamentalement gentil. Bien sûr, maintenant, Dieu est mort. C'est nous autres qui l'aurions tué.

Je n'ai pas tué Dieu. Je peux vous le dire car pas plus tard que tout à l'heure, il est venu me parler. Rien d'inhabituel pour un scientifique, car les phénomènes inexplicables le sont moins s'ils sont du fait d'un être supérieur. Alors Dieu m'a dit, sans éclat, le regard compatissant : "Tu es mauvais." Puis il s'est tenu là dans le silence, visiblement gêné. Alors pour qu'il parte, je lui ai dit : "Je sais."

Je n'ai pas besoin de Dieu car je ne pourrais jamais lui percer le flanc d'un léger coup de bistouri, mettre ses chairs à jour, révéler ses nervures. Dieu est d'une perfection ennuyeuse. Tendre à cette perfection est inutile et tous les experts vous le diront. Mais l'Homme - L'Homme, dans ce qu'il a de faible, de dégoûtant, de faillible, l'Homme est bien supérieur à Dieu. Évidemment les imbéciles vous diront le contraire.

Il n'existe pas vraiment d'organe qui en dépasse un autre. Tous se valent avec une transcendante égalité. L'épiglotte, le nerf, le tendon, le creux axillaire, la vésicule biliaire, le plèvre, l'artériole, le capillaire lymphatique. Toutes ces petites parois, alvéoles, sinuosités aux noms barbares, tous ces éléments irrigués par le sang, le souffle, la matière acheminée depuis le coeur jusqu'aux extrêmes confins, tout ceci, nous le partageons. Le corps est notre plus beau dénominateur commun.

Pourquoi psychanalyser ? Limitons-nous à l'humanité dans ce qu'elle a d'anatomique. Faisons bien la césure entre l'être physique et l'être moral. C'est se salir que de plonger dans des broutilles comme l'éthique.

Marek ?
Marek n’est rien de plus qu'un pèlerin, un inquisiteur, un praticien curieux logé dans ce tumulte de ventricules. Il analyse. Il recherche. Il creuse. Il dissèque. Et il comprend.

Il inocule ses substances, appose ses sutures et observe grandir ses chairs, chers sujets. Il n'est rien d'autre qu'un médiateur entre les peaux, le sang, les os périssables. Il est un orpailleur et les hommes sont le métal précieux qui comblent sa vie.

Ne vous préoccupez pas trop de Marek. Sachez qu'il existe, là, lové dans la pénombre ; sachez qu'il attend, c'est tout.




avant-propos : les lyubov sont une famille de mages kazakhs peu scrupuleux. legilimens et occlumens d'héritage, ils sont des lecteurs de l'âme renommés dans leur pays. la tradition veut que leurs enfants, usuellement jumeaux dizygotes, soient élevés dans la confrontation. cette coutume serait essentielle à la germination de leur pouvoir. l'histoire est un échange épistolaire entre marek et sa soeur. la couleur de la beuglante indique l'intensité de sa colère.



le 22/12/24,
orange capucine



Chère Oxana,

Nous sommes le vingt et un décembre. Je me trouve dans le parc de Satpura. Cette beuglante est la première d'une série que père et mère nous ont pressé de commencer, comme tu le sais déjà, au jour du solstice d'hiver de notre dix-huitième année. Je craignais de les froisser en ne respectant pas leur caprice.

La règle est de parler à cru, au plus proche du vrai, aussi dur soit-il à dire comme à entendre. Il te faudra écouter ma lettre jusqu'à son terme et y adresser ta réponse le jour du prochain équinoxe. Ce rituel devrait nous apprendre  à nous éprouver sans filtre : conformément à la tradition familiale, inaugurons ensemble ces leçons de ténèbres.

Je ne vois rien à te dire : c'est parce que je réfléchis trop.

Hier j'ai lu Affronter l'ennemi sans visage. Je suis allé dans le champ de tabac. J'ai résolu des problèmes de mathématiques. J'ai relevé mes pièges à oiseaux. Je suis allé à la gare pour voir passer le train de nuit. C'était une journée normale. Aujourd'hui je n'ai rien fait.

Je disgresse. Je voulais te dire que je te détestais.

Je t'exècre avec une haine primale. C’est une haine honteuse qui n’a pas d’autre choix que d'exister en se rejetant elle-même. Alimenté par les longues heures sans espérance que nous passions dans cette antichambre, par les confrontations préméditées dans ce bureau sans lumière, par les jeux de violence que nous inventions afin de nous survivre, je te déteste.

Cette lutte fratricide devait éveiller nos pouvoirs. Elle a d'abord éveillé nos dégoûts. C'est très bien, je suis un Occlumens accompli : mon esprit est tenu fermé par un verrou si complexe que je n'en détiens pas moi-même la clé. J'ai extrêmement mal au coeur en pensant que je ne peux plus l'ouvrir à qui que ce soit. Bien sûr c'est faux, je n'ai pas mal au coeur. Pour ça il faudrait qu'il puisse sentir encore quelque chose - juste un frémissement.

On a beaucoup sanctifié l'amour. On lui a donné un caractère divin, salvateur. Je pense qu'on devrait arrêter de sanctifier l'amour et commencer à sanctifier la haine.

Quels adultes seront-nous ? On nous a dit qu'un jour, nous nous entretuerons. Ce serait l'apanage de notre famille. Crois-tu qu'il s'agisse d'une farce ? Ou d'une légende ?

Dans la nausée profonde, langés par une rage qui était notre mère, bercés par une tristesse qui était notre père, nous ne pouvions même pas supposer la douceur. Chaque fois que j'ai vu ta main se lever, c'était dans la certitude qu'elle allait me frapper. Dans une autre réalité, peut-être m'aurait-elle caressé le visage ?

Cela n'a plus d'importance. J'attends que les fêtes de fin d'année s'achèvent pour me remettre au travail.

Je suis passé par l'Ukraine avant de rentrer à la maison. J'ai fait l'ascension du mont Hoverla comme lorsque nous étions petits. Le soleil y est toujours sec, intense, vitreux.

Je te laisse la main,

Ton frère dévoué




le 20/03/25,
rose dragée



Cher Marek,

Ne t'escrime pas à te justifier. Cet exercice nous fera du tort à tous les deux. C'est pourquoi j'y participerai, résolument convaincue, car tu sais à quel point, lorsqu'il est question de s'abîmer, j'aime te donner le change.

Tu devrais venir ici un jour. Le froid y est plus froid qu'ailleurs. Mais je sais que Durmstrang te terrorise, toi qui fraye avec les sangs les plus mâtinés dans l'égout que tu appelles école. Parfois je me demande ce qui a poussé père et mère à te laisser choisir cet endroit.

Je sais ce qui me plaît de ce pays : c'est que la douceur n'y existe pas. On ne la trouve pas à l'état sauvage, l'herbe s'est changée en ciment, les plantes n'y ont pas de fleurs. De longues branches sans fruit font des ombres sur le sol. Le sol ressemble à de la peau, et ce pays a la peau dure.

Ici je suis à ma place mais pas chez moi. Tous les lits sont étrangers et je m'y réveille plus étrangère encore. Tout ce qui est possible ne le semble pas. Tout est en dur, tout est hostile. De l'architecture au goût de l'eau. Je sais ce qui me plaît de ce pays : je n'en repartirai pas. La seule chose que j'y déplore, ce sont les gens.

Les êtres humains sont terrifiants. Je ne verrai jamais un être humain de ma vie. Je ne verrai que les reflets, les étages, le doute, le coin d'un sourire superposé au besoin du hurlement.

Je sais exactement comme je vois les choses et je sais qu'elles ne sont qu'un mensonge. Tout ce que je verrai et ai vu et voit jusqu'à présent est un long mirage, un balancier entre le moi possible, le moi voulu, le moi qui n'a jamais été, le moi dans la lunette de celui qui regarde et qui ne comprend pas.

Te souviens-tu du serment inviolable que nous avons passé dans l'antichambre ? Ce n'est pas seulement une question rhétorique. Je voulais te dire que tu peux encore revenir sur ta parole, si tu as peur. Tu as toujours eu peur. Comme une bête embusquée. Bien sûr, il a toujours été attendu de nous deux que nous soyons plus proches de la bête que de l'homme. Père et mère nous ont ligués l'un contre l'autre avec une formidable efficacité.

Toi, tu m'as toujours regardée avec le doute de l'animal qui ne sait pas si l'homme est son ami ou son maître. Moi, je t'ai toujours regardé avec la rectitude de l'homme qui sait que l'animal lui est éternellement redevable. Tu seras un animal, aussi longtemps que tu respireras. Tu seras un animal, jusqu'à la fin de ta vie.

Voilà ta première leçon de ténèbres.

À te revoir,

Oxana





le 21/06/25,
rose thé



Chère Oxana,

Je suis ici en plein songe. Un rêve gris et lourd où je suis emmuré. Je m'y sens comme dans un confessionnal où je ne serais pas tenu d'avouer mes péchés. Je ne toucherai pas au serment, sois tranquille : je suis un peureux, mais pas un menteur.

La chaleur de l'Inde me confine aux lieux froids. Les petites pièces, les recoins sombres, où le brasier de l'été ne vient pas me chercher. Je pense souvent à la maison, sans nostalgie ni regret, mais dans une sorte d'attente qui tapisse ma pensée.

Le soleil se lève : plus de Marek. Je reviens à mes jours de cendre. Je voudrais que le froid kazakh perce encore mon cuir. J'entre en hiver alors que l'automne est toujours en règne, je sens le pas de l'hiver, le froid de l'hiver. Partout autour de moi, le monde s'est figé.

Je pense au frimas qui tombe des cimes. Je t'imagine percluse de cette gelée loin des collines de Satpura. La glace est nécessaire, elle maintient les corps en parfaite condition. Précieux, et inertes, comme ceux que tu décores avec tes ornements. La thanatopraxie est-elle toujours la seule activité qui trouve grâce à tes yeux ?

J'ai appris une nouvelle forme de suture. Elle pourrait obturer un coeur à vif. Mais repriser la vie ne semble plus suffire. Peut-être n'est-ce qu'une mélancolie persistante de ma part, mais tout paraît ardu, et long, et la mort demeure. Partout autour de moi la mort s'étend comme une odeur. La mort m'entoure comme un voile tissé par trois grées patientes. La mort est d'une tendresse plus émouvante que la vie, et c'est comme si je la cherchais, comme si je souhaitais sa compagnie. Mais elle me fuit inlassablement.

Si la laideur a ceci de supérieur à la beauté qu'elle dure, la mort a ceci de supérieur à la vie qu'elle se décrit beaucoup mieux, en longues sentences qui tremblent, en poèmes qui s'allongent, en lettres qui ne se terminent pas.

Je te laisse la main,

Ton frère dévoué

P.S. : J'ai entendu dire qu'un oeuf de poule couvé par un crapaud, fait rarissime, aurait été trouvé dans la toundra kazakhe. Je sais que père et mère nous ont interdit de revenir sans diplôme, mais es-tu retournée à Astana ? Je n'y passerai pas les vacances, naturellement.




le 22/09/25,
rouge grenadine



Cher Marek,

L'oeuf a été trouvé près de nos champs. Il a été saisi par le ministère avant son éclosion. Beaucoup de bruit pour rien, comme d'habitude. Si ce n'est pas la première fois qu'un imbécile local s'amuse à jouer les Herpo l'Infâme, je doute que le moindre sorcier alentour puisse mener une couvaison de basilic à son terme. Ils ne savent plus quoi inventer pour se rendre intéressants et finiront dans les faits divers.

Je suis retournée à Astana. Je ne sais pas exactement ce qui m'a pris. Revoir père et mère m'a causé cette douleur au plexus que tu t'imagines très bien. La seule chose qui les a intéressé était de savoir quel monstre, quelle horreur de Legilimens j'étais devenue.

J'ai revu tous les moments, tous les instants. Il y avait des échos de nous partout : j'ai plusieurs fois frôlé le malaise. Je n'ai pas eu le coeur de revenir dans la mansarde d'enfant, où il ne doit plus rester un seul jouet, mais je suis retournée dans l'antichambre. Le tapis a disparu.

Je me rappelle avec exactitude ces après-midi sans lumière accroupis sur le tapis. C'était un tapis froid et rugueux en peau de boutefeu chinois. Parfois ses écailles coupaient ma peau et en recevaient le sang. Tout le sang qui me manque se trouve encore sur le tapis, dans le tapis. Et le tapis a disparu.

Si de manière indiscutable, l'être humain est un animal bipède, père et mère nous ont toujours préférés à genoux. Nos genoux n'ont jamais supporté notre poids, mais le tapis, lui, connaissait bien ces genoux ; de petits genoux d'enfants auxquels on apprenait la haine séculaire, la haine de l'autre, plus devinée que ressentie.

Maintenant le tapis a disparu ; c'était le dernier témoignage. Le tapis a disparu, c'était ma seule évidence. Où est le gage de ces journées que nous passions face contre terre à ouvrir des blessures ? Où est le symbole des heures écorchées dans le silence et la douleur ? Rendez-moi mon tapis, j'en ai besoin. Rendez-moi mon tapis, ou je mourrais.

Oxana





le 21/12/25,
lie de vin



Chère Oxana,

Le tapis demeure introuvable. En souffres-tu beaucoup ? Tu sais, il y a longtemps que nos échanges se réduisent à ces lettres et que je n'ai pas revu ton visage ; j'imagine que tu as oublié le mien. Sache en tous cas que te savoir dans la détresse l'illumine d'un sourire irrépressible.

Je travaille avec un acharnement qui écarte de moi toute possibilité de lien. Les autres voudraient que je sois leur ami, d'après les mots qu'ils utilisent. Pour moi ami ne veut pas dire grand-chose. Ami est ce terme trop souvent dit et épuisé de sa substance. C'est devenu une facilité de langage. Père parlait de ses associés comme de ses amis. Des collaborateurs précieux, indispensables au maintien d'un négoce. Les amis sont une denrée dont on peut commercer comme père commerce du tabac. Ils ne sont rien d'autre.

Tu connais ma haine du mouvement social, qui tourne sur lui-même comme un escargot, qui refuse sa propre inutilité avec aveuglement.

Pardonne mon ton insolent. J'ai bu un peu trop de Xérès avant de te répondre. Tu le sais bien, longtemps je ne me suis intéressé qu'aux rencontres impromptues, de celles qu'ont ne peut forcer mais dans lesquelles on bute comme le pied frappe l'angle du meuble. Elles ne se font que par hasard ou par un effet du destin. Les vraies rencontrent sont celles-là : celles de quatre heures du matin, quand on n'a plus rien à faire de soi-même, de son corps rompu qui se révèle fatalement. C'est à ces petites heures sordides qu'on se dévoile, entièrement, au regard de l'autre.

Aujourd'hui en regardant mon visage dans le miroir, j'ai remarqué que ma peau avait noirci. Est-ce que je me transforme en créature chiroptérique, assombri par la réclusion, comme l'enveloppe de ces fruits qui pourrissent si on les touche ?

Hier un camarade de classe m'a dit que j'étais trop calme. Je crois me souvenir qu'il m'a comparé à une statue. Ou à un ange, ou quelque chose de liturgique. Je n'aime pas les anges. Ils sont ennuyeux. Si j'en étais un, j'aimerais être l'ange insolent qui, du sommet de sa lumière, a trouvé comment usurper dieu et s'introniser lui-même. Celui-là même qui est tombé des cieux.

Je prévois de partir en voyage d'études. Je vais terminer ma formation quelque part où il fait froid, au moins en décembre.

À te revoir,

Ton frère dévoué





le 22/03/26,
rose saumon



Cher Marek,

Tu sais, je ne suis pas en colère. Ton propre ressentiment ne suffit plus à me contrarier. Les petites choses sont d'immenses drames, mais les vrais drames, plus immenses et tristes que tout, passent pour des ombres. Sont intégrés à l'épine dorsale. Existent avec moi. La haine est devenue mon trente-quatrième vertèbre, elle n'est ni tempêtueuse ni irrationnelle. Elle est plus calme que le fou endormi par intraveineuse.

Tu ferais bien de partir. Je suis sûr que tu es triste à Sïkhanéjādū. Remarque faite, je ne vois pas pourquoi tu serais moins triste ailleurs. Tu n'as jamais été fait pour être heureux. Si je peux te donner un conseil, tu devrais t'intéresser à Poudlard. Leur politique laxiste est d'un utopisme consommé qui te ferait considérer l'Europe sorcière sous un nouvel angle. Évidemment, tu ne le feras pas. Père et mère te tueraient et jamais l'idée de les contredire ne pourrait t'effleurer. Je ne connais rien qu'ils abhorrent plus que l'Ouest, et je ne connais rien que tu craignes plus que leur colère.

Ceci mis à part, ici, ils croient que je suis folle. Même à Durmstrang, ce qui est dur pour les autres n'est pas assez dur pour moi. Peut-être pensent-ils que je leur veux du mal ? Je ne leur veux aucun mal. Je suis simplement curieuse du mouvement qui déplace les os, et les troncs, et les jointures des colonnes vertébrales. L’imperfection est dans l'homme la seule chose qui m'émeut.

J’aime les hommes. J'aime leur corps. Je les apprécie en tout.
Je les apprécie vivants, mais je les apprécie morts. Pourquoi ne peuvent-ils comprendre ?

Pourquoi s’indigner de la mort ? C'est un rappel à l'humilité. Les rats, les mouches, les fourmis meurent. Personne n'a prouvé valoir plus que les rats, les mouches et les fourmis. Alors je n'écoute pas les plaintes, les leçons, la démagogie, les paroles, les sermons. Je n'écoute que les termes médicaux.

Ce qu'ils appellent sentiment, compassion, empathie ; ces petites facultés cognitives qui soutiennent l’existence, elles sont laides et encombrantes. Elles prennent de la place et du temps. Elles posent des limites, qui me gênent. Elles ne m'intéressent pas.

Alors je laisse tout cela aux autres, vivez, aimez, haïssez, faites du bruit ! Faites la vie. Existez.

Cela ne vaut pas pour toi, bien sûr. Toi, tu es brisé aussi.

Oxana





le 20/06/26,
incarnat



Oxana,

Je suis parti. C'est moins par désir de t'écouter que pour contredire les attentes de père et mère. Cela me rappelle à quel point je craignais de leur désobéir, il n'y a pas si longtemps : ma rébellion tardive se fera donc à l'aune de mon année scolaire à Poudlard.

Je t'ai accusée. J'ai bien insisté en disant que tu étais celle qui avait tout instigué. J'ai assuré que tu étais entrée dans mon esprit par la force, que tu m'avais persuadé. Comme ils en étaient anéantis ! Je n'ai jamais entendu mère crier de la sorte : c'était un cri rauque, semblable à celui d'une bête à qui l'on enlève la peau, puis que l'on abandonne en prétendant qu'elle est morte. Si c'est possible, ils doivent te haïr plus que jamais.

Je suis arrivé à Londres par le vol de cinq heures. Les modes de déplacements moldus sont fascinants. Je n'aime ni les portoloins, ni la poudre de cheminette. Ils enlèvent au voyage leur caractère sacré. Les sorciers ignorent ce que signifie le mot distance : le trajet n'est pour eux qu'une étape anodine. Mais moi je ne peux traverser les lieux sans les éprouver. D'égale façon, je ne peux garder auprès de moi les gens que je ne saurais quitter.

Je t'ai quittée. Je ne me suis jamais trouvé si loin de ta personne. L'amplitude entre nous est désormais si grande que la lune me semble moins distante que ta peau. Cette pensée me réjouit plus qu'elle ne m'accable, et tu le sais très bien. Mais moi, je continue à faire semblant de ne pas le savoir. C'est en cela que je suis mauvais.

Un long travail sur moi-même m'a été nécessaire pour l'admettre. À présent, ma lucidité est imperfectible, et je peux le dire : je suis mauvais. Tu l'es également, car la tare est dans le sang. Il y a en nous un gène dominant qui a dévoré toutes potentialités de vertu. Ce caractère héréditaire est ce qui nous survivra.

Je suis mauvais, nous sommes mauvais. Je ne suis pas persuadé qu'il y a en toi une autre Oxana, une Oxana à sauver, comme j'aurais pu le croire dans l'idéalisme naïf de mon enfance ; j'ai compris qu'il était à ta décharge de te sauver toi-même. Ainsi jamais je ne te tendrais la main. Surtout si tu en as besoin. C'est pour moi la seule fraternité possible.

Je retourne à mon travail. Voilà bientôt une semaine que je n'ai pas vu la lumière du jour. Je crois que je me sens presque bien, presque calme, un peu heureux, possiblement en paix.

Ton frère dévoué





le 21/09/26,
rouge cinabre



Marek,

Ils m'ont interdit de revenir. Ils ont jeté mes affaires dans le champ et ils les ont brûlées.

Marek, je vais te tuer.

Je ne laisserai personne te haïr plus que moi.

C'est mon rôle. Il n'existe ici aucun être pour mesurer la profonde horreur qui creuse le lit d'une rivière entre nous. On a décidé pour moi que je serai tes méandres, et aussi inévitablement qu'Antigone enterrera son frère, j'enterrerai le mien. Je te recouvrirai de ma haine comme le limon recouvre l'eau. Avant de frapper mon portrait au mur avec l'Incendio censeur, il m'ont dit que j'étais la discorde, la décadence, que le nom des Lyubov se recroquevillait avec douleur sur mes papiers d'identité.

Je vais te tuer.

Il ne faudra pas que tu m'attendes, ou que tu me tentes, car il ne te revient pas de décider comment. Je ne saisirai pas les perches alors retire ta main. Je ne me coucherai pas dans ton prénom. Oxydée, Oxana, comme tu le disais si bien, je serai le fer qui tranchera après la peau. Je ne viendrai par aucune lame connue et tu peux continuer à dormir avec l'inquiétude au ventre.

Je vais te tuer.

Que tu es idiot de t'être retourné contre la seule qui peut entrer en toi. Ton esprit a toujours été une porte ouverte, une bouche bée dans laquelle je me suis enfoncée entière. Ton âme est une mauvaise lecture, un fascicule répugnant que j'ai toujours pris soin de tordre. Je vais la forcer, je vais l'ouvrir en deux.

Je vais te tuer.

Comment pourrais-tu le savoir. Tu ne peux pas te voir ou respirer ton odeur. Tu ne peux pas t'admettre. Il y a la viande crue et le sang ridicule, il y a la sueur que je ne sens même pas. Il y a l'incroyable force qui fait que tous mes cauchemars semblent prendre ta forme.

Je vais te tuer.

Je vais prendre ma rage et ma colère et ma haine pour en faire une horde, une somme. Je viendrais à plusieurs. Toi, tu as toujours été seul.

Et je vais te tuer.

Oxana





le 20/12/26,
violet glycine



Oxana,

Je bois du thé noir dans un salon reculé de l'allée des embrumes. Il est excellent, mais je pense également qu'il est empoisonné, car une douleur inextinguible me brûle le ventre à l'instant ou je t'écris. Peut-être est-ce simplement l'intense sentiment d'effroi que tu m'inspires. Si j'étais moins paranoïaque, je ne verrais pas ton visage se déformer avec rage dans le fond de ma tasse.

Je ne regrette pas d'avoir monté père et mère contre toi. C'est une forme de paiement adéquate pour toutes les fêtes levées, tous les sangs rongés, tous les beaux jours qui se sont perdus dans ton ombre. Je devrais certainement te remercier d'avoir fait de moi un Occlumens accompli, mais je préférerai encore te cracher au visage. Heureusement, je suis un garçon poli.

J'aimerais te parler comme à ces contadins que les explorateurs du nouveau monde cherchaient à ébahir. Mais n'étant ni un rêveur, ni un idiot, je t'épargnerai mon enthousiasme, que tu trouverais immonde - ou pire, ennuyeux. Alors je vais plutôt te parler de ma décision.

Je ne t'adresserai plus de lettres. Nous savons tous les deux que nous ne pouvons vivre décemment ni l'un sans l'autre, ni l'un pour l'autre, ni quoi que ce soit. Les mots entre nous ont toujours été des prétextes. J'aspire désormais à plus de sobriété.

Comme nos convictions, la haine se métamorphose. Elle est cependant l'unique vérité qui reste. Au fond d'une tasse, sur le papier, entre les doigts ou dans une psychose. Elle est transmutable. Oscillatoire comme le pendule. Souple comme le tissu organique. Reproductible comme l'erreur ou le passeport ou le couple d'insectes dans une boîte de pétri.

Oxana, nous parlons souvent de haine et jamais d'amour. C'est quoi l'amour ? Voilà une question pertinente, une question que ni père ni mère ne nous auraient posé. Une question que nos études et notre obstination esquivent comme un coup au visage. Distinguer la haine de l'amour me semble être un non-sens, ils se ressemblent inextricablement. Ils sont douloureusement semblables, comme un frère et une soeur.

Si tu veux me tuer, viens me voir à Londres. Je t'y attends sans même t'attendre. C'est vrai qu'il y pleut tous les jours. Ou bien est-ce mon imagination ?

Adieu,

Ton frère dévoué





salut moi c'est payaso, j'aime les combats de robots et j'écoute du reggaeton, je suis bloqué par au moins dix personnes différentes sur fb, n'ai jamais regardé une seule série jusqu'au bout et arrive à toucher mon nez avec ma langue. bisous (le reste arrive bientôt) (je sais pas si on a la même définition de bientôt cependant)




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L. Andy Ollivander
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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Mer 11 Oct - 16:31

Waw !
On t'attendait ! (en tout cas moi oui ? Genre j'avais vu ton avatar et j'avais senti que ça allait être du lourd. Puis j'ai lu ton test RP et voilà c'est super bien écrit).

Après, ça sert à rien de flatter l'égo pendant 10 ans, t'as du vocalubaire et tu sais l'utiliser. C'est fluide, le codage est beau. Fond et forme. L'équilibre parfait !

J'ai vraiment hâte de te voir en RP et puis bah je viendrai te voir avec Vega car ils sont tous les deux en huitième année de médicomagie aled

Bonne chance pour l'histoire !


winner is dreamer who never gives up; andy


des bannières:
 

♥ feldy:
 
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Croyance A. Halloway
Tapis d'Azkaban
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Tapis d'Azkaban

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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Mer 11 Oct - 16:40

oah, ton personnage a l'air sublime
ton écriture est sublime
cette fiche est sublime
il est sublime
je
hug
Bienvenue à lui ! J'ai hâte de lire la suite, puis ton test de rp m'a laissé sans voix aussi. Si j'ai le courage, j'irai te demander un lien parce que woaaw ce serait cool ! Croyance est aussi en médicomagie ridghodf
courage pour la suite en tout cas !
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Arizona V. Disney
Eleve sang-mêlé
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Eleve sang-mêlé

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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Mer 11 Oct - 17:43

Bienvenue encore Marek ♥️ J'adore le champ lexical anatomique qui parsème ton texte et même s'il se destine à devenir chirurgicomage, je le voyais également très bien en thanatopracteur ** Tu écoutes du reggaeton, on va bien s'entendre xD Mais pourquoi es-tu bloqué par dix personnes ? *morte de rire* La suite s'il te plait TT !
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Romeo I. Pierce
Eleve sang-mêlé
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Eleve sang-mêlé

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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Mer 11 Oct - 18:08

Ouloulouuu.
Very nice, I like your flow.

Bienvenue!  
J'espère que tu t'amuseras bien, en tout cas t'es bien parti pour! hug
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O. Nansý Óskdóttir
Nouvel arrivant
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Nouvel arrivant

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Points : 14
MessageSujet: Re: réparer les vivants   Mer 11 Oct - 18:09

amour sur toi et cette fiche.
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R. Camille Gaunt
Professeur de Droit et Politique
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Professeur de Droit et Politique

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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Mer 11 Oct - 20:52

Je crois que l'avis est unanime alors on va pas faire de longs discours, perso je suis littéralement sur le cul parce que c'est juste absolument génial. Et j'approuve. J'approuve tout. T'as un petit perso bien inspirant et j'ai vraiment hâte de lire la suite ♥️
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Fenry D. Williams
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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Mer 11 Oct - 21:03

Ah ok
C'est très beau
Bienvenue cry
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Luke Blane
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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Jeu 12 Oct - 1:57

Ou là là mais cette fiche est une bombe atomique pls
tout comme ton perso.
maggad.

J'ai hâte de lire la suite psk c'était très bien écrit et hyper stylé andy

Bienvenue d'ailleurs ! ♥️
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Geoffrey Smith
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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Mar 31 Oct - 20:05

cry je veux te voir rp so bad, revieeeeens halp

p.s: bienvenue et je t'aime aled
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Orphan E. Scamander
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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Mer 15 Nov - 0:09

Bonsoir !
Cela fait plus d'un mois que tu as posté le début de cette magnifique fiche ainsi que ton don !
Pourrions nous avoir des nouvelles ? pat


Quiet people have the loudest minds; orphan


des bannières:
 
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Marek Lyubov
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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Lun 4 Déc - 15:13

Coucou ! Je me manifeste après deux mois de cessation d'activité sans préavis, pardonnez-moi. Je n'ai pas commencé cette fiche à la meilleure période. En tous cas j'écris toujours beaucoup mieux à l'approche des fêtes. C'est peut-être ça le véritable esprit de Noël. Ce que je dis n'a aucun sens. Je vais me taire.

Le format est un peu spécial, j'espère qu'il conviendra. Peut-être manque t-il des éléments nécessaires à la compréhension du tout, faites-le moi savoir et je me corrigerai !

La paix, l'amour, la tendresse.
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Fenry D. Williams
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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Lun 4 Déc - 15:19

omgg wat
un revenant

J'y croyais plus mais jsuis émue t'écris vachement bien pls
la violence de cette relation frère-soeur me partage entre un sentiment de hype et de ??? tristesse idk
(je t'ai déjà souhaité la bienvenue mais est-ce qu'on peut dire rebienvenue dans ces cas-là mh-hm ahen )
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Billy Catwright
Eleve sang-mêlé
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Eleve sang-mêlé

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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Lun 4 Déc - 15:21

J'avais pas posté à l'époque du coup BIENVENUE banane
Elle est classe ta fiche j'adore le format que tu as choisi pour l'histoire !
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Croyance A. Halloway
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MessageSujet: Re: réparer les vivants   Lun 4 Déc - 15:43

TON HISTOIRE EST ???????????????????????
TROP BIEN J'ADORE BEAUCOUP BEAUCOUP COMMENT TU L'AS CONSTRUITE L'IDEE ESTI LEHDGUOCFIGLO
voilà
TROP CONTENT QUE TU SOIS BACK oui je sais j'ai déjà commenté MAIS OK C BIEN ? VOILA HATE DE TE VOIR RP
hug
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